Les troubles alimentaires, encore trop méconnus
En cette Semaine nationale de sensibilisation des troubles alimentaires, il est important de se rappeler la sévérité et l’ampleur des maladies telles que l’anorexie, la boulimie et l’hyperphagie boulimique, lesquelles sont vécues majoritairement par les femmes, mais aussi par de plus en plus d’hommes. Selon l’organisme Anorexie et boulimie Québec (ANEB) et la psychologue spécialisée en la matière, la Dre Stéphanie Léonard, les troubles alimentaires sont encore trop méconnus de la population.
Les troubles alimentaires sont des désordres complexes, principalement caractérisés par des habitudes alimentaires anormales, une crainte intense de prendre du poids et une grande préoccupation par rapport à l’image corporelle. Ils sont causés par des facteurs multidimensionnels: biologiques, psychologiques (faible estime de soi, manque de contrôle, etc.) et sociaux (image du corps parfait, etc.).
« C’est faux de penser que les médias sont les seuls responsables des troubles alimentaires. Ce sont des maladies mentales factorielles, c’est-à-dire qu’il y a plusieurs facteurs qui entrent en ligne de compte. La preuve, nous sommes tous plus ou moins exposés aux mêmes médias et ce n’est pas tout le monde qui va développer un trouble alimentaire; c’est plutôt une question de perception », d’expliquer Geneviève Dumont, coordonnatrice clinique chez ANEB.
Des statistiques conservatrices maintenues depuis une dizaine d’années stipulent que 3 % des jeunes femmes de 13 à 30 ans souffrent de troubles alimentaires. « Je trouve que 3 %, c’est énorme. Mais ce qu’il est très important de mentionner aussi, c’est que 10 % à 20 % des personnes atteintes de ces troubles meurent des complications de ceux-ci. Ils représentent le taux de mortalité le plus élevé parmi toutes les maladies mentales, comme la dépression et l’anxiété, par exemple. »
De tous âges et sexes
Depuis quelques années, la tranche d’âges des personnes atteintes de troubles alimentaires tend à s’élargir. « On a souvent tendance à penser que c’est surtout chez les jeunes femmes; ce qui n’est pas faux, puisqu’on en retrouve de plus en plus qui souffrent de ça, et de plus en plus jeunes. Mais on constate aussi de plus en plus d’hommes et de femmes de tous âges », rapporte Mme Dumont.
En ce qui concerne les garçons, bien qu’ils soient moins nombreux, il serait faux de croire qu’ils ne sont pas à risque d’en souffrir. Selon la Charte québécoise pour une image corporelle saine et diversifiée, de 5 % à 10 % des cas d’anorexie nerveuse et de 10 % à 15 % des cas de boulimie sont observés chez les hommes et les garçons.
Tabou ou glorifié?
Les points de vue de la société sur le sujet sont contradictoires, selon la Dre Léonard. Pendant que certains estiment que la question est taboue, d’autres continuent de glorifier l’extrême minceur. « Autant on déplore les situations où l’on voit des filles qui sont très minces ou qui vont avoir recours à des méthodes très autodestructrices, autant on aime voir des mannequins, des vedettes, des actrices qui sont extrêmement minces, et c’est comme si ça ne nous choquait pas parce que quelque part, on trouve ça beau, d’analyser la Dre Léonard. Je pense qu’il y a un manque de cohérence, de constance, de gestion de l’image à laquelle on aspire. »
Dre Stéphanie Léonard est d’avis qu’il devrait y avoir plus de promotion sur les plans de l’éducation et de la démystification des troubles alimentaires. Selon elle, il faudrait s’y prendre dès le primaire. « On manque définitivement de ressources pour combler la demande. Le fait d’en parler tôt et régulièrement peut soulever un mouvement de mobilisation et faire en sorte que l’accès aux traitements soit plus facile et mieux répandu au Québec. »
N’hésitez pas
Non traités, les troubles alimentaires peuvent avoir de sérieuses conséquences physiques, psychologiques et sociales, pouvant même conduire au décès. C’est pourquoi il ne faut pas hésiter à consulter, pour soi ou pour quelqu’un de notre entourage. Pour plus d’information sur les troubles alimentaires et trouver des ressources vers lesquelles se tourner, visitez le www.anebquebec.com et drestephanieleonard.com.
(Lire aussi S’ouvrir et demander de l’aide)
Statistiques
· L’anorexie affecte entre 0,5 et 4 % de la population, la boulimie, entre 1 et 4 %, et l’hyperphagie boulimique, 2 %.
· Au Canada, 90 % des anorexiques sont des femmes, 10 % des hommes, et 3 % des filles de 13 à 30 ans souffriraient de troubles alimentaires.
· Depuis 1987, les hospitalisations pour les troubles de l’alimentation dans les hôpitaux généraux ont augmenté de 34 % chez les jeunes femmes de moins de 15 ans, et de 29 % chez les jeunes femmes de 15 à 24 ans.
(Sources : Statistiques Canada, Agence de santé publique du Canada, Dre Stéphanie Léonard)
