Le sanctuaire des ados en Montérégie
Maison Kekpart
Guidée par son directeur, la Maison Kekpart se démarque par le dynamisme qu’elle inculque à sa communauté jeune et vulnérable.
« Aujourd’hui, on peut compter 12 gangs de rue dans l’agglomération de Longueuil, 300 membres en règle, 90 jeunes filles mineures qui se prostituent. Avec la vente de stupéfiants, ce sont près de 4 à 6 millions de dollars qu’ils arrivent à amasser », explique Richard Desjardins, directeur général de la Maison Kekpart depuis 25 ans.
Cet homme profondément engagé pour le bien-être de la jeunesse a connu deux tentatives de meurtre en 1999 et en 2000. « Les gangs de rue comprennent mieux mon travail maintenant. J’ai des liens avec certains, mais c’est quand même un stress. L’un de mes agresseurs, qui a fait de la prison, voulait mettre en place en sortant un projet familial. Nous l’avons aidé et c’est devenu le Kekpart fest, un festival urbain qui réunit près de 1000 personnes », aime à rappeler ce passionné.
La Maison Kekpart, la deuxième plus vieille maison de jeunes au Québec, fonctionne comme une école secondaire, sur la base du volontariat. « Nous avons des projets vidéo, des ateliers de musique, photo, conception sonore et tout est gratuit. Cette maison est le seul recours après l’école. Nous avons une équipe de plus de 20 intervenants qui sont là pour valoriser les jeunes et les encourager à nous parler », précise son directeur.
L’endroit est aussi la seule place pour prévenir le recrutement aux fins d’exploitation sexuelle dans un contexte de gangs de rue. « Longueuil est la deuxième ville la plus criminalisée après Montréal au Québec, souligne-t-il. Nous sommes le seul organisme financé par les services de Sécurité publique en Montérégie. Nous ne touchons pas au noyau dur des gangs de rue, mais plutôt aux individus qui sont susceptibles d’y tomber, ceux appartenant au noyau mou ou périphérique. »
Coupes budgétaires
De 2009 à 2012, grâce à l’appui du ministère de la Sécurité publique, beaucoup d’initiatives ont vu le jour. Depuis peu, le gouvernement fait marche arrière. « Nous avons rencontré près de 5000 jeunes dans les différentes écoles secondaires de l’agglomération, afin de les sensibiliser au phénomène de la prostitution juvénile et des gangs de rue. Nous disposions d’une subvention de 85 000 $ sur un budget de 150 000 $ du gouvernement. Aujourd’hui, on n’a plus rien. On ne peut plus aller dans les écoles faire de la prévention. Ce travail à long terme est pourtant indispensable. L’actualité a largement parlé des centres jeunesse récemment. Le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, a dit qu’il allait revoir la situation. Il faut qu’on nous redonne cet argent. En avril, le programme de financement en prévention du recrutement des jeunes aux fins d’exploitation sexuelle dans un contexte de gangs de rue a pris fin lui aussi. Plusieurs filles se sont ainsi retrouvées sans ressources. Grâce à des partenaires tels que la Fondation canadienne des femmes et la Fondation Québec jeunes, nous pouvons continuer ces actions. Mais il est évident qu’avec des moyens restreints, nous en rejoignons moins et nos actions sont moins larges. »
Les collèges : une cible en avril
Les collèges sont des cibles pour les gangs de rue. « La période de recrutement est le 1er avril, là où les élèves du secondaire savent s’ils passent ou pas. Ils peuvent alors délaisser l’école avant la fin de l’année. Pour certains, c’est un moment de fragilité. C’est là que les gangs de rue viennent pour recruter », signale le directeur, qui précise que même les collèges privés ne sont pas épargnés.
Alors que l’on parle des fugues dans les Centres jeunesse, la Maison Kekpart s’enorgueillit d’avoir un taux de succès de 85 %. « Souvent, un jeune qui va en Centre jeunesse va se fermer, car il y a eu un signalement. Il y va contre son gré. Nous, nous lui proposons de venir quant il le veut. Il y a beaucoup de jeunes qui ont été de passage à la Maison Kekpart, qui me contactent pour me dire ce qu’ils sont devenus. Ils viennent aussi me voir pour remercier toute l’équipe de son travail », de conclure M. Desjardins.
35 ans
Le 14 avril, une soirée-bénéfice célébrera les 35 ans de la Maison Kekpart au Centre des sciences de Montréal. Yannick Tardif, Éric Bellemare, Samuel Fortier seront les trois chefs cuisiniers invités, trois chefs qui ont fréquenté plus jeunes la Maison Kekpart. Nathalie Racine, musicienne à l’OSM, le Trio Guitares Nomades, Nathalie Roy, porte-parole de la Maison Kekpart, Jocelyne Cazin, Edi Hysi, Caroline St-Hilaire, présidente d’honneur, Élisabeth Blouin-Brathwaite et plein d’autres invités seront présents pour célébrer l’anniversaire. Pour l’achat de billets, contactez Marie-France Lamarche au 450 677-3821 ou en ligne à maisonkekpart.com.


