Le licou ne fait pas l’unanimité

Sainte-Julie

 
Un site Facebook contre le licou obligatoire pour les chiens de 44 livres et plus à Sainte-Julie ou encore une pétition réunissant 933 signatures contre la réglementation municipale adoptée le 7 juin montrent que la mesure de la Ville ne fait pas l’unanimité.
« Cette pétition vise à mettre de la pression pour faire modifier le règlement adopté le 7 juin sur le port du licou afin que celui-ci devienne au choix du « parent » de l’animal. D’abord, le licou est une forme de muselière et il y a beaucoup de controverse à ce sujet, notamment en lien avec l’anxiété pouvant être induite aux chiens, surtout aux plus âgés, qui n’ont jamais été habitués à ce genre de mesure. En second lieu, ce règlement a été adopté sans véritable consultation de la population et aucune statistique n’a été fournie pour démontrer une problématique sur le territoire. Ensuite, cela porte une atteinte aux droits individuels des personnes ayant un chien et nous pensons que l’éducation et la sensibilisation seraient des voies beaucoup plus acceptables et mieux accueillies. Nous demandons donc la modification du règlement afin de maintenir la laisse obligatoire, mais de laisser le libre choix concernant le port de toute forme de muselière pour les chiens », explique Stéphane Sylvain, l’initiateur de la pétition. Cette dernière devait être déposée le 5 juillet à la séance de l’assemblée publique de Sainte-Julie, mais rien n’a été fait encore.
Plusieurs commentent la pétition sur le site change.org pour l’appuyer, mais jamais elle n’a été portée à l’attention du conseil municipal. « J’ai invité le public à venir avec moi en assemblée publique pour montrer au conseil municipal qu’on était plusieurs à ne pas vouloir du licou, mais je n’ai pas eu de réponse. Je suis un nouveau résidant à Sainte-Julie; cette mesure aurait été prise avant mon déménagement, je n’aurais pas choisi cette ville », affirme M. Sylvain.
Raphaël Leroux, le créateur d’une page Facebook contre le port du licou, a voulu mobiliser lui aussi les citoyens contre la mesure municipale.
« Mes chiens, deux labradors, sont dressés. Je sais très bien que ce n’est pas le cas de tout le monde, mais cette réglementation n’est pas une solution viable. Le licou n’empêche pas la morsure et j’ai déjà vu un chiwawa faire des dégâts. C’est l’humain qui est derrière la bête qu’il faut éduquer. Sherbrooke avait pris une mesure similaire avant de faire marche arrière avec le licou. Cette décision de la mairesse est purement politique. La laisse est déjà obligatoire et pourtant, il y a beaucoup de gens qui ne la mettent pas. Personne ne met le licou à son chien. Ni moi ni personne n’avons été sanctionnés, comme ceux qui ne mettent pas la laisse à leur chien », révèle Raphaël Leroux, citoyen de Sainte-Julie.

« Nous maintenons qu’il s’agit du meilleur compromis possible et force est d’admettre que le comité provincial est également de cet avis. » – Suzanne Roy

Réglementation
Si vous résidez à Sainte-Julie et gardez un chien, vous devez vous conformer aux mesures suivantes : les chiens de 20 kg et plus doivent porter un licou lorsqu’ils circulent dans les lieux publics; – en tout temps, tenir le chien au moyen d’une laisse dans les endroits publics; – le chien ne peut demeurer seul en aucun moment; – prendre les mesures nécessaires pour que l’animal ne se retrouve pas sur la propriété d’autrui sans permission; – faire en sorte que votre chien ne trouble d’aucune façon la tranquillité des autres personnes; – il est interdit de circuler avec un chien à l’intérieur des aires de jeux aménagées pour les enfants et sur la surface des installations sportives, situées dans les parcs et les terrains de jeux municipaux; – il est interdit de circuler avec un chien, à l’exception d’un chien-guide, dans certains parcs municipaux.
Quelques exemptions au port obligatoire du licou sont accordées au chien-guide ou au chien d’assistance, ou lorsque l’animal se trouve dans un parc à chiens ou encore lorsque le chien a une condition médicale particulière qui l’empêche de porter un licou.

Sainte-Julie inflexible

« Selon les statistiques cumulées par la Ville de Sainte-Julie et la Régie de police Richelieu – Saint-Laurent, il y a eu, en 2015, au moins 12 incidents dans la ville au cours desquels des gens ont été attaqués par un chien, ont eu peur d’un chien qui semblait menaçant ou ont vu leur animal se faire attaquer par un chien, avance Suzanne Roy, mairesse de Sainte-Julie. Parmi les résidants qui ont été attaqués, on retrouve un enfant de 3 ans qui a été gravement mordu au visage alors qu’il se promenait dans la rue accompagnée d’une connaissance et de son chien pitbull qui était tenu en laisse. »
La Ville ajoute à ces chiffres les 3000 plaintes depuis 2010 qui ont été déposées à la Régie de police sur les 17 municipalités de son territoire.
« Sainte-Julie a aussi constaté que les plaintes relatives aux chiens et les cas d’attaques ont augmenté au cours des dernières années, de sorte qu’elle s’est vue dans l’obligation d’agir pour y remédier. La Ville a amorcé sa réflexion à ce sujet en décembre 2015, bien avant le débat public engendré par la publication d’une série de reportages en 2016. Il ne s’agit donc pas d’une décision politique », précise-t-elle.
Entre décembre 2015 et mars 2016, Sainte-Julie pensait interdire certaines races, mais elle s’est ravisée après avoir pris connaissance de l’abondante littérature sur le sujet. Même cas de figure pour le port de la muselière.
« Lorsque la Ville a annoncé publiquement ce projet de règlement concernant le port de la muselière, elle n’a pas organisé de consultation publique en tant que telle, mais elle a offert la chance aux citoyens de connaître ses intentions et de pouvoir s’exprimer à ce sujet avant l’adoption du règlement. La Ville a tenu compte de tous les commentaires reçus et elle a révisé son processus en conséquence pour trouver une alternative à la muselière », de dire la mairesse.
Après des discussions avec l’Ordre des médecins vétérinaires, la Faculté de médecine vétérinaire et SPCA Montréal, la solution du licou a été retenue.

L’alternative du licou

« L’obligation du licou n’est pas un règlement parfait, certes, mais nous croyons qu’il s’agit du moyen le plus éthique, efficace et concret qui était à notre disposition à court terme pour assurer la sécurité des citoyens, un élément qui nous tient particulièrement à cœur. En ce qui a trait au licou, selon l’avis de tous les intervenants et spécialistes consultés, il s’agit de la meilleure option possible pour atteindre notre objectif de prévenir autant que possible les morsures avant qu’elles ne se produisent par un meilleur contrôle de l’animal tout en ne brimant pas le chien et en ne le blessant pas », d’indiquer la première magistrate de la ville.
La mairesse reconnaît que le licou n’empêche pas les morsures, mais permet un meilleur contrôle du chien par son propriétaire. « De plus, le licou calme le chien, ce qui réduit les risques d’attaques par conséquent », ajoute-t-elle.

Pas crédible

Mme Roy n’entend pas prendre en compte la pétition qui selon elle « invitait les gens de partout au Québec à inscrire un code postal de Sainte-Julie pour la signer afin que la pétition ait plus de poids. Cela mine toute la crédibilité du processus. La Ville, de son côté, a certes reçu des commentaires négatifs à la suite de l’adoption de ce règlement, mais aussi de nombreux commentaires positifs et même des remerciements. Toutefois, ces gens ne sont pas ceux qu’on voit manifester. Nous maintenons qu’il s’agit du meilleur compromis possible et force est d’admettre que le comité provincial est également de cet avis. »