L’amour au temps de l’âge d’or
On dit que l’amour n’a pas d’âge. Nous avons voulu savoir si l’amour existait encore pour les gens qui vivaient en résidence.
C’est à la Maison Dauphinelle, une résidence privée située à Saint-Basile-le-Grand, que nous avons discuté du sujet avec quelques résidants. Certains ayant accepté de nous parler sous le couvert de l’anonymat, nous avons décidé de changer tous les noms des personnes interrogées dans le cadre de ce reportage.
Claudine Tremblay est âgée de 76 ans. Veuve depuis près de 25 ans, elle n’a jamais refait sa vie avec un autre homme. Elle ne se dit toutefois pas fermée à l’idée et avoue avoir un œil sur un des résidants. « Je ne touche toutefois pas aux hommes mariés », précise-t-elle néanmoins en riant.
Sa meilleure amie, Rita Desbiens, se dit quant à elle trop âgée pour recommencer une histoire d’amour. « J’ai perdu deux maris, tous deux ayant des problèmes cardiaques. Aujourd’hui, à 80 ans, j’aime bien la présence des hommes, mais je ne crois pas que je pourrais à nouveau tomber en amour. Même chose pour Roméo Fortin, 90 ans, dont l’épouse est décédée il ya maintenant deux ans. « J’ai eu de très bonnes années, mais là, il est trop tard. »
« Je ne suis pas fermée à l’amour, mais je ne touche pas aux hommes mariés. » – Claudine Tremblay
Ninon Charlebois est pour sa part toujours mariée à l’homme qu’elle aime et se dit en amour plus que jamais avec lui. Le seul problème, c’est qu’ils sont aujourd’hui séparés physiquement. Ayant eu de sévères AVC, Mme Charlebois a entre autres d’importants problèmes de mémoire. Elle doit maintenant vivre en résidence loin de celui qu’elle aime. « Il vient me voir régulièrement. Nous trouvons cela difficile d’être séparés. Nous nous ennuyons l’un de l’autre. En même temps, je crois que c’est cette séparation qui m’a fait rendre compte à quel point je l’aimais encore si fort. Dans le quotidien, on finit quelquefois par ne plus se voir vraiment. »
Séparés par la maladie
Roland Fortier et Simone St-Jean forment un couple depuis 23 ans. Il y a cinq mois, la maladie les a séparés. Bien qu’ils soient tous les deux dans le même établissement, ils ne peuvent plus vivre ensemble. Mme St-Jean, souffrant d’Alzheimer, réside dans une section fermée de la résidence, alors que son conjoint a une chambre dans la section des aînés semi-autonomes.
Ce dernier parle avec émotions du drame qui les a séparés. Il trouve déchirant d’aller voir celle qu’il aime et de constater à quel point son état a dégénéré. « Physiquement, c’est toujours elle, mais pour le reste, je ne la reconnais plus. » Malheureusement, il ne peut être avec sa conjointe lors des fêtes et activités organisées par l’établissement. « Ils ne veulent pas qu’elle sorte de peur qu’elle ait une trop mauvaise réaction au retour. C’est tellement difficile d’aller la voir et de l’entendre me demander pourquoi je la laisse là quand vient le temps de partir. Je me sens terriblement coupable », lance-t-il en ne pouvant retenir ses larmes.
Roland Fournier doit donc apprendre à vivre en célibataire. « Ce n’est quand même pas évident de faire un deuil quand la personne est toujours là physiquement » confie-t-il. Âgé de 71 ans, il souffre actuellement de petits problèmes de santé. Toutefois, il pourrait encore avoir de bonnes années devant lui. Il se dit toutefois incapable de voir son avenir sur une note positive. Trop envahi par sa peine en ce moment, il ne se voit aucunement refaire un jour sa vie avec une autre. Espérons qu’il passera à travers cette rude épreuve et qu’il reprendra un jour goût à la vie.


