La solution d’une main-d’œuvre afghane

L’entreprise Pièces d’autos usagées Sainte-Julie manque de main-d’œuvre. D’origine afghane, les deux frères propriétaires aimeraient recruter des réfugiés de leur pays d’origine aux prises avec les talibans.

Il a eu le temps de connaître les talibans lorsqu’il résidait à Kaboul.

Yonos Qayomi est arrivé au Québec à l’âge de 21 ans, il y a tout juste 20 ans. Propriétaire avec son frère de Pièces d’autos usagées Sainte-Julie, il n’aime pas parler de sa vie en Afghanistan : « C’était de mauvais souvenirs. En Afghanistan, j’ai étudié dans une école française et le Québec a été une destination surprise. » C’est à peu près toutes les informations qu’il souhaite garder de sa première vie.
En arrivant au Québec, il mentionne avec fierté qu’il a toujours travaillé « sans jamais avoir eu besoin du recours du bien-être social ». En mettant sur pied leur entreprise, ils ont même créé des emplois.

En voyant les images d’Afghans s’accrocher aux avions militaires quittant le tarmac de son pays toujours en difficulté, Yonos s’est demandé comment il pourrait participer à l’effort canadien d’accueillir des réfugiés. Il semblait ne pas avoir de mal à comprendre ces personnes cherchant à fuir au péril de leur vie. « Je sais qui ils sont », parlant des fondamentalistes islamistes.

Le 15 août, alors que les talibans avaient repris le pouvoir à Kaboul, une quarantaine de personnes vivant toujours là-bas ont demandé de l’aide au garagiste de Sainte-Julie. « Il y a 35 millions de personnes qui risquent leur vie dans ce pays, aujourd’hui. On ne parle pas forcément de ça, mais il y a des massacres qui se déroulent tous les jours. »

« Il y a 35 millions de personnes qui risquent leur vie dans ce pays aujourd’hui. On ne parle pas forcément de ça, mais il y a des massacres qui se déroulent tous les jours. » – Yonos Qayomi

Manque de main-d’œuvre
Dans son commerce, il devrait y avoir une dizaine d’employés, mais il ne peut compter que sur cinq personne, lui et son frère compris. « On ne trouve pas de main-d’œuvre. La PCU n’est pas là pour motiver les personnes à venir postuler. J’aimerais pouvoir recevoir trois ou quatre mécaniciens qui ont réussi à quitter l’Afghanistan et qui se trouvent aujourd’hui au Tadjikistan. Ils n’ont pas forcément de diplôme, mais ils sont dans les voitures depuis qu’ils sont tout petits. Ils sont jeunes et compétents. Ce sont des experts. Il s’agit de personnes dont on a vraiment besoin au Québec. »

Combler la pénurie de main-d’œuvre en accueillant des réfugiés afghans, il n’est pas le seul à avoir eu cette idée.
À peine avait-il affiché sa volonté d’offrir la chance qu’il avait reçue à d’autres, de quitter l’Afghanistan pour venir vivre au Québec, que plusieurs entreprises de la région l’ont contacté pour savoir si Québec permettait de faire venir des réfugiés afghans. « Un pépiniériste et des commerces comme le mien m’ont appelé pour savoir s’ils pouvaient recevoir des réfugiés, même s’ils ne parlaient pas français, car ils sont en pénurie de main-d’œuvre. Manquer de main-d’œuvre, ce n’est pas l’idéal pour des commerces comme le nôtre et beaucoup de secteurs en sont touchés. »

Accueillir des réfugiés
Devant toutes ces demandes, Yonos cherche des réponses pour savoir comment il pourrait créer un organisme qui faciliterait la venue de réfugiés afghans. « Je suis prêt à me lancer là-dedans. Il y a au moins une dizaine de centres de recyclage qui voudraient les accueillir. »

À Saint-Bruno-de-Montarville, Caroline Rodrigue, responsable du Comité d’accueil de familles de réfugiés syriens, a déjà participé au rapatriement de quatre familles de réfugiés syriens au sein de sa municipalité. Une cinquième famille pourrait bientôt bénéficier de la tranquillité montarvilloise pour s’épanouir. « Nous n’avons pas encore d’information concernant les démarches que nous pourrions entreprendre avec le ministère de l’Immigration du Québec pour proposer d’accueillir des réfugiés afghans. » Les quatre familles syriennes déjà présentes sur le territoire de Saint-Bruno sont, quant à elles, déjà parfaitement intégrées et n’ont pas eu de difficulté à trouver du travail.

Rappelons que le gouvernement canadien a déjà annoncé qu’il souhaitait rapatrier 20 000 réfugiés afghans pour les protéger de la menace talibane.
L’instabilité du pays a empêché les autorités canadiennes d’effectuer le rapatriement de ces 20 000 personnes comme elles le souhaitaient. François Legault, premier ministre du Québec, a cependant annoncé son intention d’aider les réfugiés afghans qui trouveront asile au Canada. Il écrit sur les réseaux sociaux que le gouvernement ferait sa part pour accueillir des réfugiés autant que possible, « en particulier des femmes victimes de persécution ».

Encore rien au Québec
Le ministère de l’Immigration du Québec indique cependant au journal que « la situation évolue rapidement et qu’il est difficile de déterminer, pour l’instant, le nombre total de personnes qui pourraient arriver au Québec en raison de la situation en Afghanistan ».

Des comités d’accueil avaient été formés dans le cadre du parrainage collectif pour l’arrivée des réfugiés syriens, il y a quelques années. Cependant, rien de tel n’est prévu pour les réfugiés afghans.« Pour l’accueil des réfugiés afghans, la mise en place de comités d’accueil n’est pas nécessaire puisque les organismes d’accueil des personnes réfugiées prises en charge par l’État ont l’expertise pour soutenir les personnes réfugiées dans leurs démarches. Si des besoins sont identifiés, les organismes d’accueil pourront faire appel aux organismes ou aux bénévoles qui ont manifesté un intérêt pour participer à l’effort de solidarité », nous précise le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI).

Les personnes réfugiées prises en charge par l’État bénéficient d’un ensemble de services d’intégration spécifiques à leurs besoins ainsi que d’un soutien financier et matériel. « Elles reçoivent notamment des meubles, des électroménagers et des articles ménagers de base, des vêtements ainsi que des produits ménagers et alimentaires de base », précise le MIFI.

Les organismes partenaires du MIFI offrent également un accompagnement soutenu aux personnes réfugiées pour les premières démarches d’installation, notamment pour la recherche de logement, l’accès aux soins de santé, les démarches en francisation et l’intégration en emploi.