La Butte craint pour sa survie
C’est un cri du cœur que lance aux organisations publiques et à tous la Maison des jeunes La Butte à Saint-Basile-le-Grand, à qui il manque près de 9000 $ pour boucler son budget.
La demande de financement de la Maison des jeunes de Saint-Basile-le-Grand est arrivée en quatrième position du troisième budget participatif de la municipalité, deux places derrière un projet de construction d’un pavillon sanitaire aux abords de la rivière Richelieu.
« Les deux projets victorieux sont, pour les jeunes, une piste de voitures télécommandées pour un budget de 20 000 $ et la réfection d’un bâtiment qui appartient au diocèse de Saint-Jean-Sur-Richelieu pour en faire une salle communautaire. Faire des travaux de 180 000 $ sur un bâtiment qui n’appartient même pas à la Ville. Il y a peut-être des questions à se poser ici », soutient André Métivier, trésorier de la Maison des jeunes.
Surtout qu’il manque près de 9000 $ à l’organisme qui, depuis 2000, offre plusieurs services aux jeunes de 12 à 17 ans de la ville. Sa mission de proposer à ces derniers un endroit où se rassembler et se divertir, tout en s’épanouissant et se responsabilisant grâce, entre autres, au développement d’un sentiment d’appartenance, risque de ne plus pouvoir être menée.
Une question de survie
« La survie de cette MDJ (pourtant cruciale) est compromise grandement. Il est aussi navrant de constater que même si La Butte est reconnue comme une ressource-clé pour vos jeunes et qu’elle participe activement à la vie municipale, son existence est continuellement mise à risque, et ce, parfois pour quelques milliers de dollars. Qu’est-ce que nos instances publiques attendent pour réagir? Est-ce qu’il deviendra nécessaire de couper les services offerts par La Butte, et ce, au détriment de nos jeunes? Rappelons-nous que déjà en 2015, dans le cadre des coupes de l’administration municipale, en plus de couper la subvention de La Butte, la Ville a aussi mis fin aux services d’une travailleuse de rue! », explique l’organisation dans une lettre ouverte.
Cette année, grâce à l’aide du Club Richelieu, l’organisme sans but lucratif pourra combler, mais difficilement, le déficit auquel il fait face. L’an prochain, cela risque d’être plus ardu.
« Notre partenaire, le Club Richelieu, a accepté de nous faire une avance sur l’aide prévue en 2017. Cela nous permettra de boucler tant bien que mal notre budget, mais l’an prochain, comment allons-nous faire? On envisage un déficit de 30 000 $ et nous n’avons pas les capacités de rassembler cette somme. En 2017, nous aurons un budget jusqu’au début de l’automne », précise M. Métivier.
L’enjeu financier est une question de survie de la Maison des jeunes qui s’interroge sur la volonté de la municipalité. « En 2015, la politique de la Ville a été fatale. Saint-Basile a hypothéqué la Maison des jeunes », constate avec tristesse M. Métivier.
L’organisme devrait rencontrer les conseillers municipaux pour leur expliquer la situation où il se trouve aujourd’hui.
« Qu’est-ce que nos instances publiques attendent pour réagir? Est-ce qu’il deviendra nécessaire de couper les services offerts par La Butte, et ce, au détriment de nos jeunes? » – André Métivier
Pour ne mentionner que quelques statistiques, le taux de fréquentation de La Butte est de plus ou moins 250 différents jeunes par année qui se déplacent afin de bénéficier des différents services (ex. l’aide aux devoirs) et activités (ex. atelier de cuisine et atelier de lecture) offerts par La Butte. À titre d’exemple, au mois de septembre dernier, les intervenants de La Butte ont effectué 150 interventions spécifiques auprès des jeunes.
La ville voit le problème
La municipalité a indiqué qu’elle avait bien reçu l’appel des responsables de la Maison des jeunes à rencontrer le conseil municipal. « On va les rencontrer et on regardera ça avec eux. Il est trop tôt pour dire ce que l’on fera, car nous avons reçu leur demande hier (le 8 novembre) », révèle Jean-Marie Beaupré, directeur général de Saint-Basile-le-Grand.
Quant au processus du budget participatif, le directeur général reconnaît ses faiblesses. « Il n’y a eu que 347 participants. C’est trop peu, alors que nous avions mis tous les moyens pour faire connaître la démarche. Nous sommes déçus. C’est pour cela que nous remettons en cause l’ensemble du processus en 2017», d’indiquer M. Beaupré.
Rappelons qu’un budget de 200 000 $ sera distribué à deux projets (la réfection d’un bâtiment appartenant à la paroisse de Saint-Jean-sur-Richelieu, et une piste de voitures télécommandées), alors qu’il manque 30 000 $ à la Maison des jeunes, qui pourrait disparaître et mettre un terme à l’ensemble de ses activités comme l’aide aux devoirs, notamment.
« Le processus a été démocratique. Les gens étaient libres de participer ou pas. Nous avons mis tous les efforts à l’interne pour publiciser la démarche. Par affiche, sur Internet, à l’aréna, dans les écoles, dans les camps de jour… Ensuite, est-ce qu’on peut dire que les commissions scolaires sont représentatives avec le faible taux de participation lors de leur élection? »s’interroge M. Beaupré.
La Ville conçoit qu’il y a un problème dans le processus de mise en place du budget participatif. « C’est pour cela qu’on prendra une pause en 2017 pour y repenser, mais les citoyens ont voté. L’aménagement d’un circuit pour voitures téléguidées au parc des Cheminots, du Pont-de-Pruche ou du Ruisseau sera fait. C’est le souhait populaire. Quant à l’aménagement d’une salle communautaire à l’étage supérieur de la sacristie, au Cœur villageois, il faudra s’assurer que la salle sera accessible facilement pour la communauté », de dire M. Beaupré.
Certains groupes favorisés
Lors des trois années de budget participatif à Saint-Basile, ce sont presque toujours les mêmes groupes de citoyens qui ont vu leur projet mis en avant. En 2014, le projet retenu pour bénéficier de 150 000 $ a été celui porté par Josée LaForest et Richard Pelletier pour la Fabrique/Unité pastorale et la Société d’histoire. Les mêmes qui pourront cette année bénéficier de 180 000 $ pour l’aménagement de la sacristie. En 2015 c’est le club de soccer Mont-Bruno qui remportait le vote et empochait 180 000 $ pour améliorer des terrains de soccer. Cette année, ils finissent en huitième position.
Les organismes bénévoles ont une grande implication à Saint-Basile. Ce sont les mêmes personnes qui votent dans le cadre du budget participatif. À Saint-Basile, beaucoup de citoyens travaillent à l’extérieur de la ville. Ils rentrent tard, vont chercher leurs enfants, qui doivent faire leurs devoirs, manger, se laver… C’est quoi le temps qu’il reste pour faire le reste? » de conclure M. Beaupré.
La Maison des jeunes n’a pas eu le temps de s’occuper de mobiliser des personnes pour soutenir son projet, trop occupée à chercher du financement pour survivre. Son projet d’agrandissement et rajeunissement du chalet Denis-Germain a donc fini à la quatrième position, derrière la construction d’un pavillon sanitaire aux abords de la rivière Richelieu.
« Une piste de voitures radiocommandées pour 20 000 $, c’est un luxe. Ce n’est pas fait pour tout le monde. Ce n’est pas pour aider qui que ce soit », de conclure M. Métivier.

