Guerre des vêtements d’occasion
Les centres de bénévolat dénoncent une concurrence déloyale
Le Centre d’action bénévole (CAB) Les petits bonheurs de Saint-Bruno-de-Montarville et le Centre de bénévolat de Saint-Basile-le-Grand s’inquiètent des organismes qui font une collecte de vêtements usagés dans leurs villes.
« Nous venons d’apprendre que H&M, dont un des magasins se trouve aux Promenades St-Bruno, appelle les citoyens à venir apporter leurs vieux vêtements. Ce genre d’activité porte préjudice à tous les CAB, car notre rôle est de récupérer entre autres des vêtements usagés », s’insurge Aline Desfossés, responsable de la friperie au CAB de Saint-Bruno.
Depuis le 21 février 2013, H&M a en effet mis en place une collecte de vêtements. « Aujourd’hui, ce service est disponible dans tous nos magasins à travers le pays. Pour chaque livre de textile collectée, 1 centime est reversé à l’Unicef », confirme Emily Scarlett, de H&M Canada. L’entreprise a déjà récolté, partout dans le Canada, près de 125 tonnes de vêtements et a versé 3565 $ à l’Unicef.
Après être triés, les vêtements sont soit dirigés vers le marché des vêtements seconde main, soit réutilisés et transformés dans de nombreux produits, comme des chiffons de ménage, du rembourrage pour meubles et pour voiture…, soit détruits, recyclés et transformés en nouveaux textiles ou encore pour produire de l’énergie.
« Chaque année, des tonnes de vêtements finissent dans les décharges. Nous proposons à nos clients une excellente initiative contribuant à réduire la quantité de textiles envoyés aux sites d’enfouissement, en donnant une nouvelle vie aux vêtements », précise Mme Scarlett, sans vouloir indiquer au journal quel bénéfice l’entreprise fait sur une livre de vêtements d’occasion récupérés.
« Contrairement à H&M, nous sommes une entreprise sans but lucratif. On trie les vêtements, on les vend à bas prix et tout est redistribué au sein de la communauté pour venir en aide aux plus démunis », indique Mme Desfossés, qui s’inquiète également d’entreprises à but non lucratif qui viennent chercher le textile dans les villes de la grande région de Montréal.
Concurrence déloyale
Grâce à l’implantation de boîtes de dons dans plus de 70 municipalités de la grande région de Montréal, Le Support, Fondation de la déficience intellectuelle, fait la collecte de vêtements et d’articles usagés donnés par la population et dont la vente permet de financer des projets présentés par des organismes qui viennent en aide aux personnes vivant avec une déficience intellectuelle. « Nous ne recevons pas de subventions ni de dons », explique sur son site la Fondation, qui n’a pas rappelé le journal.
En plus de disposer de boîtes de dépôt, Le Support lance des appels téléphoniques aux habitants des villes concernées pour leur proposer de venir chercher leur linge d’occasion. « On ne peut pas les empêcher, mais c’est évident que cela nous porte préjudice. L’entreprise avait deux conteneurs dans les commerces du centre-ville. Nous nous sommes plaints auprès de la Ville. Il n’y en a plus qu’un maintenant », explique Causette Villagrasa, trésorière au Centre de bénévolat de Saint-Basile-le-Grand. Elle a elle-même été sollicitée par téléphone pour qu’on vienne lui chercher ses vêtements usagés.
« C’est de la concurrence déloyale! Ils viennent chercher à la porte des gens des vêtements. Nous, on n’a pas les bras pour ça. Il faut réveiller la conscience des citoyens. Les CAB sont là pour la communauté », de conclure Mme Desfossés.


