Grève chez Exceldor: le poulet pourrait manquer

Le conflit entre les travailleurs de l’usine de transformation de volaille de Saint-Anselme et la direction d’Exceldor coopérative a des répercussions jusque dans les cuisines des restaurants de la région.

Des restaurateurs appréhendent une flambée des prix du produit, voire un manque de poulet sur les menus à cause de cette grève.

« La grève du poulet entraîne des impacts jusqu’ici », confie au journal Les Versants le directeur de la rôtisserie St-Hubert à Saint-Bruno-de-Montarville, Maxime Deguire.

Selon lui, le restaurant reçoit la commande minimale de poulets actuellement. Les poulets envoyés ne sont pas cordés. Puis ce sont des poulets de tailles diverses qui sont acheminés à la rôtisserie. « Il faut s’adapter à cette situation tout en gérant la réouverture de la salle à manger », déplore Maxime Deguire.

Rappelons que la Montérégie ainsi que d’autres régions ont basculé du palier d’alerte maximale rouge au palier d’alerte orange le 31 mai dernier. La région est depuis le 14 juin en one jaune. Parmi les assouplissements que permet ces changements de couleur, il y a la réouverture des salles à manger dans les restaurants.

« Si ça devait s’avérer plus long comme conflit, nous pourrions alors en subir des ‘’impacts’’. » – Pedro Marques

« St-Hubert prend en charge l’ensemble du réseau en approchant d’autres fournisseurs de poulets, de petits producteurs, pour compléter les commandes et éviter les ruptures, raconte Maxime Deguire. Ce sont ces poulets qui nous arrivent non cordés ou bien encore avec un cou, que je dois couper. Ce qui me prend 15 minutes normalement m’en prend maintenant 90. »

Au Vieux Duluth, à Saint-Basile-le-Grand, les effets sont moindres… pour le moment. C’est que le siège social s’est approvisionné suffisamment afin de prévenir cet éventuel manque de volaille. « La maison mère a vu venir le coup et s’est approvisionnée en grande quantité, heureusement. Elle a une grosse réserve. Pour les prochaines semaines encore, nous ne devrions pas avoir de problème d’approvisionnement », avance le propriétaire du Vieux Duluth à Saint-Basile-le-Grand, Pedro Marques.

Au menu de ce restaurant, le poulet représente environ 35 % des ventes. Les fruits de mer et le bœuf sont les autres mets qui reviennent fréquemment dans les choix de la clientèle. « Si ça devait s’avérer plus long comme conflit, nous pourrions alors en subir les ‘’impacts’’, croit Pedro Marques. Le poulet revient souvent sur le menu. »

Selon Pedro Marques, le conflit entre les travailleurs et Exceldor coopérative doit se régler rapidement. Si ce n’est pas le cas, les prix pourraient exploser et le poulet pourrait se faire rare sur les menus. « Il risque d’y avoir une pression énorme sur toute la chaîne d’approvisionnement », dit-il.

Des milliers de poulets morts

Ce conflit a forcé l’euthanasie de plus de 500 000 poulets depuis ses débuts. Il est déjà prévu que la cadence d’euthanasie à la ferme se poursuivra à raison d’au moins 400 000 poulets par semaine. Le maximum de volailles ont été déplacées vers d’autres entreprises de transformation primaire au Québec, en Ontario et au Nouveau-Brunswick.

« Il n’y a pas d’impact pour nous parce que nous ne faisons pas affaire avec du poulet Exceldor, mentionne le gérant du Barcelos Sainte-Julie, Joshua Estrela. Depuis deux ans, nous nous tournons vers une entreprise familiale québécoise. »

Enfin, le conflit d’Exceldor a amené Benny&Co. Sainte-Julie à récupérer son poulet au Nouveau-Brunswick. « C’est à cause de la grève, donc temporaire. Quand le conflit prendra fin, nous reviendrons au poulet de base de chez Exceldor », indique l’assistant-gérant de Benny&Co.

Exceldor Saint-Bruno-de-Montarville

Il n’y a pas de conflit au sein de l’installation d’Exceldor à Saint-Bruno-de-Montarville.

Or, le conflit à Saint-Anselme entraîne tout de même une incidence dans l’entreprise montarvilloise. « Il y a des répercussions. L’impact est dans la quantité de poulets qui entre à l’usine. Celle-ci est moindre », répond la conseillère principale communication et relations publiques chez Exceldor, Gabrielle Fallu.

Ce qui ralentit les opérations à Saint-Bruno-de-Montarville. Soulignons que l’abattoir de Saint-Anselme produit diverses découpes de poulet cru. Les travailleurs de la compagnie de Saint-Bruno-de-Montarville effectuent un procédé de deuxième transformation. Le poulet est transformé en croquettes, en poitrines, en ailes précuites. « Un million de poulets sortent de l’abattoir par semaine. Actuellement, l’abattoir est en arrêt depuis le 23 mai. Donc, c’est sûr que l’approvisionnement est au ralenti », insiste Gabrielle Fallu.

Le 4 juin, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale nommait une médiatrice spéciale en la personne d’Hélène Poulin dans le dossier de la grève des quelque 550 travailleurs syndiqués de l’usine de transformation primaire située à Saint-Anselme. Les négociations sont au point mort depuis le 25 mai dernier.