François Longpré sauve la vie de deux déneigeurs de toit
Grâce à la vigilance de son fils
N’eût été la vigilance de Pierre-Luc, 12 ans, ce papier n’aurait jamais été écrit; pire, peut-être que deux hommes auraient péri sous le poids de la neige! Mais le samedi 12 janvier dernier, au village de Saint-Sauveur, François Longpré, le père du jeune homme de 12 ans, en a décidé autrement.
En visite chez des amis pour aller skier au mont Habitant, à Saint-Sauveur, le Montarvillois François Longpré est en voiture avec sa conjointe, Annie Dumoulin, et leurs deux garçons, Pierre-Luc, 12 ans, et Charles-Étienne, 9 ans, quand le drame se produit. La voiture est arrêtée à un feu de circulation, coin chemin Jean-Adam et avenue de la Gare.
– Papa, il y a un monsieur qui vient de tomber.
– T’es sûr, Pierre-Luc?
– Oui, il avait une tuque noire.
François Longpré ne prend pas de risque et décide d’aller voir. Deux hommes étaient en train de déneiger le toit en pente de la Pharmacie Jean Coutu. « Au feu de circulation, j’avais remarqué que des hommes étaient en train de déneiger le toit. Il y avait beaucoup de neige qui tombait au sol. Mais mon fils avait remarqué plus que ça, alors j’ai décidé d’aller y jeter un coup d’œil », relate le technicien ambulancier paramédical à Longueuil.
Le père de famille quitte sa voiture et longe la bâtisse de la Galerie des Monts en prenant soin de rester sous la corniche. À un moment, un cri étouffé lui permet de localiser un homme pris sous une montagne de neige. Son visage était dégagé, ce qui lui permettait de respirer sans toutefois pouvoir bouger. « Il était assis dans la neige, mais je voyais son visage. Ça a pris plus de temps que prévu pour le dégager parce qu’il était assis plutôt que couché. Pendant l’opération, c’est lui qui m’a averti que son partenaire était également prisonnier. Il était en dessous. Pendant que j’essayais de le libérer, il me disait : » C’est mon beau-frère! Je suis le parrain de son enfant! Dépêche-toi, il bougeait au début, mais là, il ne bouge plus! » »
Entretemps, les garçons de monsieur Longpré vont chercher de l’aide et des pelles. « C’était stressant; j’étais stressé! Mais je sais qu’à cause de moi, ces deux hommes sont toujours vivants. C’était une nouvelle expérience pour moi. À l’école, mes amis me félicitent. Je vais m’en souvenir longtemps », d’ajoute Pierre-Luc.
Le 911 est contacté. Un pompier en congé sur place, alerté par la mère de famille, rejoint l’ambulancier pour lui prêter assistance. Pierre-Luc et Charles-Étienne viennent aussi prêter main-forte à leur père, qui creuse avec ses mains. « On a réussi à sortir le premier homme de la neige. J’avais les doigts gelés. J’ai laissé d’autres personnes prendre la relève quelques minutes, mais durant ma pause, mon plus jeune est venu me donner ses petites mitaines! » se souvient François Longpré. Ce qui le fait sourire tendrement pendant qu’il raconte son aventure en entrevue. « C’était important pour moi de lui donner mes mitaines, pour qu’il puisse continuer de sauver la vie de ces deux personnes. Je n’arrête pas de penser à ces deux personnes vivantes », révèle le jeune Charles-Étienne, interrogé par Les Versants.
L’opération de déneigement se poursuit. Plusieurs personnes sont maintenant sur place pour aider, certaines avec des pelles. Lorsque l’autre déneigeur est enfin découvert, seule une partie de son corps est visible. La peau de son ventre est grise. « Je me préparais mentalement à lui faire les manœuvres de réanimation, mais j’ai vu son ventre bouger. Il était en vie! Nous avons dégagé son visage et son tronc. Heureusement, il était couché dans la neige, donc plus facile à sortir de là », de poursuivre l’homme de Saint-Bruno-de-Montarville.
La victime ne réagit pas et ne respire pas très bien. François Longpré tente de le stimuler verbalement. Il est inconscient, mais n’a pas fait d’arrêt respiratoire. De toute évidence, il est en hypoxie. Mais la Sûreté du Québec arrive sur les lieux, suivie des ambulanciers de la région et ensemble, ils prennent en charge la situation. Pendant que l’un des déneigeurs est au chaud dans la pharmacie, l’autre est soigné par les secouristes. Les deux hommes sont finalement sains et saufs. « Je suis très fier de mes gars! Quand j’y repense, le premier déneigeur aurait survécu. Il serait resté là longtemps et serait peut-être tombé en hypothermie, mais sa respiration n’était pas compromise. Mais sans la vigilance de Pierre-Luc, pour le deuxième, c’était une question de minutes. Il était temps de le sortir de là! »
Même s’il a perdu la notion du temps au cours de l’opération de sauvetage, monsieur Longpré apprend que 15 minutes se sont écoulées depuis le début de l’intervention, l’appel au 911 et l’arrivée des policiers. « Même si je suis ambulancier, c’était une situation complètement irréelle. J’intervenais dans une situation d’urgence, mais dans un contexte très différent. Mes collègues ambulanciers n’étaient pas sur place, je ne connaissais pas les policiers, mais mes fils m’aidaient à sauver des vies », de conclure François Longpré.
Après cette aventure, la petite famille est-elle allée skier? « Non! On était brûlés ben raide! » lance Charles-Étienne.


