Fernande Pelletier-Neveu a parafé la dernière ligne du livre de sa vie

« Ma « Tite-Mère », Fernande Pelletier-Neveu, auteure et poétesse, a parafé la dernière ligne du livre de sa vie. Cette nuit-là, son esprit a pris son envol, tel un nuage de sérénité vers d’autres ailleurs à la recherche d’un autre recommencement. Paix à son âme et son esprit. »

Ainsi s’amorce le témoignage que Jean-Pierre Neveu a accordé au Journal de Saint-Basile. Sa mère, Fernande Pelletier-Neveu, est décédée dans la nuit de samedi à dimanche, le 3 février. Elle aurait eu 95 ans le 19 mars. Un service a eu lieu la semaine dernière, en l’église de Saint-Basile-le-Grand.    

Fille d’un père cultivateur et d’une mère maître de poste, Fernande Pelletier naît à Saint-Basile-le-Grand. Douée en classe, elle pense devenir institutrice. Elle entre chez les sœurs Carmélites, mais après quelque temps, elle tombe malade d’épuisement juste avant de prononcer ses vœux et renonce alors à le faire « Au grand désarroi de ma grand-mère, d’ailleurs, qui lui a dit qu’elle ferait un métier de « faiseuse d’ordilleuses », c’est-à-dire un métier suscitant l’orgueil. Mais ma mère était habile de ses mains et à la suite de son retrait de la religion, elle décide de coiffer et couper les cheveux de tous les gens du village », relate son fils, Jean-Pierre Neveu. Pour ce faire, elle travaille un certain temps à Montréal dans un salon réputé, voyageant en train jusqu’à la grande ville. C’est lors d’un périple en train, justement, qu’elle rencontre un jour « son Jean », celui par lequel arrivera le nom de Neveu.

Les salons de coiffure

Fernande Pelletier-Neveu ouvre un premier salon de coiffure quatre ans plus tard, au 247, rue Principale. À l’époque, il n’y avait pas d’autre salon dans les alentours, ni à Saint-Basile ni à Saint-Bruno ou Beloeil. « Après peu de temps, elle était déjà très populaire. Ma mère avait toute une clientèle : un véritable laboratoire de la société! Je me souviens que mon frère, à huit ans, et moi, à quatre, nous asseyions sur les genoux des clientes. Certaines d’entre elles sortaient du salon tellement frisées, comme un poodle, qu’elles ne revenaient que l’année suivante! » Quelque temps après, la famille déménage pour un endroit plus grand, et installe le Salon madame Neveu au sous-sol du 101, rue Morier. Cette fois, monsieur Neveu assiste sa femme avec le commerce. « Ma mère se tenait à la fine pointe de la mode et des nouveautés en coiffure. Elle innovait. Lors d’une messe de minuit pour Noël, elle s’était teint les cheveux en vert. Elle avait récidivé à Pâques, cette fois en rose », explique avec le sourire Jean-Pierre Neveu. Personne travaillante, la vie dans les salons de coiffure s’arrêtera pour Fernande Neveu-Pelletier quelque part entre 70 et 75 ans.

L’écriture     

Vers le début des années 80, monsieur Neveu affronte la maladie. Pour soulager sa peine, madame se plonge dans l’écriture. À la suite de cours de poésie et d’écriture à l’Université de Sherbrooke, elle écrit quantité de poèmes. Un véritable élan l’amène même à rédiger sa biographie : Ma vie à moi, dans laquelle elle relate toutes les phases de sa vie. « Elle n’a jamais arrêté d’écrire. Et à la mort de mon père, en 1997, elle s’est mise à rédiger bien davantage, mais surtout des poèmes. Elle en écrivait partout; même sur des serviettes de table et des napperons. Tout était sujet à la création d’un poème : la mouche sur la table aussi bien que les miettes de ses toasts le matin. » Plus tard, elle entrera aussi au sein du Cercle des poètes de la Montérégie et participera à nombre de rencontres de la Soirée harpe et poésie. D’ailleurs, la Ville de Saint-Basile-le-Grand lui rendait hommage l’année dernière en dévoilant le prix Fernande-Pelletier-Neveu. La Fleur amour, une sculpture créée par son fils, l’artiste Jean-Pierre Neveu, est remise annuellement à un poète méritant de la soirée. Lors de cet évènement, l’organisateur Pierre Poulin-Piel a dit de la poétesse qu’elle faisait déjà partie du patrimoine de la municipalité et qu’avec cet honneur, elle entrait maintenant dans la légende.

Au cours de sa vie, Fernande Pelletier-Neveu s’est aussi adonnée au bénévolat. Membre du Club de La Gerbe dorée, elle était championne de bridge et chantait dans la Chorale de Saint-Basile. Avant la maladie, elle avait aussi une mémoire incroyable. « C’était une femme très positive. Elle laisse en héritage la beauté de la vie. À travers les embûches, la vie était toujours belle pour ma mère. Elle disait souvent : « Plus tu as de problèmes, plus tu as de solutions. » Elle voyait le positivisme dans tout. »

Le début de la fin

Il y a quatre ans, Fernande Pelletier-Neveu développait un cancer sur une joue. La femme de lettres est alors placée à la Maison Dauphinelle, à Saint-Basile-le-Grand. Quelques années passent, et la maladie d’Alzheimer s’installe peu à peu, altérant son jugement, sa perception et sa mémoire, au point où un jour, lors d’une visite de son fils, elle ne le reconnaît pas. « Elle était incohérente et ça m’a donné un choc de voir son cerveau dépérir de la sorte. Elle souhaitait faire un centenaire.Malheureusement, l’automne dernier, elle a perdu connaissance à plusieurs reprises et son cancer avait apporté des ramifications à son cerveau. Un jour, elle nous a dit : « Je suis fatiguée. Je pense que je suis prête.  » C’était avant Noël. Nous étions tous réunis aux Fêtes, mais nous savions que c’était probablement son dernier Noël. Son esprit était déjà parti. » Plus tard en janvier, madame Fernande Pelletier-Neveu a fait un AVC chez Dauphinelle. À l’Hôpital Honoré-Mercier, son côté droit était paralysé. Elle est entrée dans un profond coma. Le 31 janvier, elle a été transférée en soins palliatifs à l’Hôpital Hôtel-Dieu de Saint-Hyacinthe. « Je suis allé la voir. Je conserve un beau souvenir de ce moment. Elle était belle, les infirmières l’avaient coiffée. Même si elle était dans le coma, je lui ai parlé. Je lui ai dit comment ça se passerait, ce que serait la vie après la vie et d’autres choses qu’elle avait besoin de savoir… »

Un jour, Fernande Pelletier-Neveu a couché ces lignes sur le papier, provenant de son poème Joie : « Je piétine de joie, D’une joie qui m’émerveille, D’une joie pleine de soleil, Dans une mystérieuse rencontre sans voix. »