Fermeture des restaurants : entre colère et résignation
COVID-19
Depuis le 1er octobre, les 82 municipalités de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) sont passées dans la zone rouge. La fermeture des salles à manger des restaurants et des bars, entre autres, fait partie des mesures exigées par la santé publique, au grand désarroi des restaurateurs.
Une décision du gouvernement qui en laissent plusieurs perplexes, selon ce qu’a pu constater le journal Les Versants au cours des derniers jours. Pour d’autres, cette demande de reconfinement est une insulte.
« C’est vraiment désolant! On a l’impression que le gouvernement s’acharne sur le domaine de la restauration. C’est dommage parce que depuis notre réouverture, en juin, tout était sous contrôle pour nous, mentionne le propriétaire du Vieux Duluth à Saint-Basile-le-Grand, Pedro Marques, qui croit que cette deuxième fermeture sonnera le glas de l’économie des restaurants. Nous fermons à cause d’irresponsables. »
Le gouvernement du Québec avait autorisé la réouverture des restaurants du Grand Montréal, incluant ceux de Saint-Bruno-de-Montarville, Saint-Basile-le-Grand et Sainte-Julie, pour le 22 juin dernier. Les restaurateurs ont rouvert leurs lieux de consommation de repas, incluant les salles à manger et les terrasses, mais pas sans la mise en place de mesures de protection obligatoires, dont la désinfection des tables, des chaises et des menus entre chaque client. « J’ai déboursé plusieurs milliers de dollars en plexiglas et autres produits pour être très sécuritaire. Nous n’avons eu aucun cas de COVID. Aujourd’hui, j’ai un restaurant de 5700 pi2 pour du take-out », affirme M. Marques, qui estime la facture des mesures de protection entre 8000 et 10 000 $. Quant à la formule des plats pour emporter, elle représente entre 25 et 30 % de son chiffre d’affaires.
Selon lui, les salles à manger resteront fermées jusqu’en janvier. « C’est normal de fermer, je le comprends. Mais c’est nous prendre pour des caves de nous dire que c’est seulement pour 28 jours! Dites-nous la vérité tout de suite! On ne pourra pas ouvrir dans 28 jours, ça nous mène à l’Halloween. Puis après, la saison des partys de Noël va s’amorcer. On ne reviendra pas avant janvier », déclare Pedro Marques.
« Ce n’est pas une bonne nouvelle. » – Marie-Claude Martin
Même son de cloche pour le propriétaire du iL Martini, à Saint-Bruno-de-Montarville, Daniel Gerardi, qui se dit peu surpris par l’annonce de Québec. « Je voyais ça venir. Je m’y attendais; c’est pourquoi j’ai un mix-feeling en ce moment. On va s’adapter et revenir aux plats pour emporter », exprime-t-il.
Lui aussi, il n’a pas lésiné sur les mesures de protection mises en place à l’intérieur du commerce ces derniers mois. « J’ai mis tellement d’argent dans le restaurant pour protéger mes employés et mes clients. Tout était sécuritaire; nous n’avons eu aucun cas de COVID, à ma connaissance. J’ai fait ma part. On ne comprend pas; la clientèle du restaurant ne comprend pas! Pendant ce temps, certains n’ont pas pris ça au sérieux puis ils ont trop niaisé. Ça m’écoeure », lance Daniel Gerardi.
En entrevue, il confie qu’il se sent fatigué et qu’il est déçu par la situation, surtout « pour notre fidèle clientèle ». Il poursuit : « Mais on va survivre; iL Martini va survivre. Mais j’ai de la peine pour mes amis qui pourraient fermer. Pour ceux qui étaient déjà sur le bord de la faillite et pour qui cette deuxième fermeture risque d’être fatale. Je trouve ça dommage. »
Pour Marie-Claude Martin, propriétaire de La Tasse Verte à Saint-Bruno-de-Montarville, l’annonce de la fermeture des restaurants comme le sien jette une ombre au tableau. « Ce n’est pas une bonne nouvelle, laisse savoir la jeune femme. On a travaillé très fort au cours des derniers mois pour être des plus sécuritaire, puis on nous referme encore. »
Dans son malheur, l’entrepreneure a l’intention de se relever les manches. « On va se tourner de bord et travailler encore plus fort », dit-elle. Depuis la semaine dernière, La Tasse Verte offre le menu pour emporter du jeudi au lundi, de 8 h à 14 h.
Sur la page Facebook du commerce, on peut lire le message suivant, écrit le 30 septembre, quelques heures avant la fermeture obligatoire : « Chers clients, à la suite de l’annonce des nouvelles mesures gouvernementales, c’est avec le cœur gros que nous sommes encore une fois dans l’obligation de fermer notre salle à manger. Par contre, cette fois-ci, La Tasse Verte vous offrira une formule à emporter pour vos petits déjeuners et vos dîners. Toute l’équipe de La Tasse Verte vous remercie de votre fidélité, vous êtes des clients en or! »
Marie-Claude Martin vient en aide aussi à son copain Alexandre Thériault, le propriétaire du Catch, qui va poursuivre l’offre de plats pour emporter, comme ce fut le cas au printemps. « Nous avons connu l’expérience au printemps avec le Catch. Ç’a avait bien fonctionné alors on reprend la même formule, du jeudi au samedi. On s’ajustera en cours de route », ajoute-t-elle.
Quand on lui demande comment elle réagit à la fermeture des salles à manger des restaurants, la propriétaire de Markina, Marie-Anick Le Bon, hésite longuement avant de répondre. Puis :
« Nous en parlons tellement depuis des semaines, j’ai l’impression que je n’ai plus rien à dire. C’est une situation désagréable. Mais nous allons faire les choses nécessaires pour survivre à cette période difficile », affirme Mme Le Bon. Comme lors de la première vague, Markina demeure ouvert pour le ramassage sur place et les livraisons gratuites à Saint-Bruno-de-Montarville. « Dans la mesure du possible, nous voulons offrir le maximum de services. »
Problème de main-d’œuvre
À la réouverture des restaurants, en juin dernier, Marie-Anick Le Bon confie avoir déboursé quelques centaines de dollars afin de respecter les mesures sanitaires : plexiglas, masques, gants, lunette de protection… Au téléphone, la restauratrice avance que ce n’est pas cette dépense qui l’inquiète le plus. « Le problème principal de ce deuxième arrêt, ma plus grande perte, ma crainte, c’est la rétention de la main-d’œuvre, beaucoup plus que le plexiglas. C’est la gestion des employés. Parce qu’il y a une crise. »
Un problème que soulève aussi Pedro Marques, du Vieux Duluth. « J’ai 40 employés. Je dois en conserver à peine une dizaine pour le take-out et les autres, c’est le chômage. Je fais quoi avec mes employés? Comment je choisis? Ces gens ont des familles, des enfants. Noël s’en vient… je me sens mal dans cette situation. »
Le restaurant Miss Italia, à Saint-Basile-le-Grand, n’a pas rouvert ses portes depuis le confinement du printemps. Le journal a contacté la gérante, Bianca Buffone, pour obtenir sa réaction sur la décision du gouvernement. « Cette annonce ne m’affecte pas du tout, indique-t-elle. Nous avons décidé de ne pas rouvrir parce que notre salle à manger est trop petite. Avec quatre tables seulement, ça ne valait pas la peine. Nous avons plutôt décidé de privilégier ma santé de même que la santé des employés. Nous poursuivons les livraisons et les plats pour emporter. Nous nous adaptons, nous n’avons pas le choix. C’est la santé qui prime. »
Bianca Buffone a été traitée pour un cancer en avril dernier, et son père, Joseph Buffone, est âgé de 85 ans. Il continue de mettre la main à la pâte à la succursale de Greenfield Park. La gérante poursuit : « Le pire, c’est le manque d’employés. Par chance, il y a des fidèles qui sont restés, mais plusieurs ont quitté à cause de la PCU, malheureusement. Mais je les comprends; personnellement, j’aurais fait la même chose! »


