Exploitation sexuelle d’ados dans l’agglomération de Longueuil

Programme Mobilis

Pascale Philibert, agente de planification du programme Mobilis, reçoit chaque semaine des adolescentes soupçonnées d’avoir des liens avec l’exploitation sexuelle.

« Il faut parler d’exploitation sexuelle, pas de prostitution. Dans la prostitution, les filles font ça pour payer leur drogue, ce n’est pas du tout le cas pour les jeunes en Montérégie. Les adolescentes sont manipulées, entraînées vers des activités de prostitution, mais elles remettent tout au « chum », au proxénète. Elles sont valorisées avec de beaux vêtements, maquillage qui les motive à faire de l’escorte », précise Pascale Philibert, agente de planification du programme Mobilis au Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Montérégie.
 
Mobilis a été mis en place en 2008 par le Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL) en collaboration avec ce qui s’appelait, avant le 1er avril 2015, le Centre jeunesse Montérégie (CJM). Ensemble, depuis bientôt 10 ans, ils coordonnent leurs opérations et leurs activités dans une perspective de répression, d’intervention et de prévention face à la problématique de la prostitution juvénile dans un contexte de gangs de rue, sur le territoire de l’agglomération de Longueuil. « En Montérégie, 125 filles sont touchées par année. Il y a une très forte concentration dans l’agglomération de Longueuil, c’est clair. On a des victimes partout, à Saint-Bruno-de-Montarville, Saint-Basile-le-Grand, Sainte-Julie, il n’y a pas que Saint-Hubert, Longueuil ou Brossard, c’est partout », révèle Mme Philibert.
 
Les adolescentes connues au CISSS ont le plus souvent de 14 à 17 ans, même s’il « peut y avoir des soucis à partir de 12 ans », d’indiquer l’agente. « Comparativement au début de Mobilis, les réseaux sociaux ont aggravé les choses. Souvent, avant, on voyait des gars qui attendaient en voiture aux abords des écoles. Ils utilisent maintenant Internet. Les rendez-vous vont se faire n’importe où. Ce n’est plus qu’au métro Longueuil que ça se passe. »
 
Conseils aux parents
 
Une adolescente aventureuse, attirée par la luxure ou la délinquance, devient un élément à risque et les parents doivent s’en inquiéter. « Surtout lorsque la fille a de mauvaises fréquentations. Le proxénétisme est présent au niveau des gangs de rue, c’est clair. Si elle est proche du milieu de la criminalité, c’est sûr qu’elle va se faire offrir de travailler. Il faut que les parents soient vigilants. Une adolescente qui ne se fait appeler que par son surnom, c’est peut-être un autre indice. Les parents doivent poser des questions. Tes amis vendent-ils de la drogue? Menacent-ils du monde? Ont-ils un couteau sur eux? Font-ils du taxage?… Si on sait que sa fille a fait l’escorte ou des danses, on déconseille aux parents de parler de prostitution, mais plutôt d’escorte; il faut faire un signalement à la DPJ, il n’y a pas de question à se poser. La jeune fille a pu avoir vécu un ou plusieurs viols », met en garde Mme Philibert.
 
Sans une vigilance accrue, ou une signalisation auprès d’un professionnel, la situation peut rapidement dégénérer. Surtout si l’adolescente n’a pas de personne-ressource avec qui parler. Souvent, les jeunes filles ne se méfient même pas de ces réseaux qu’elles ne connaissent pas et qu’elles pensent pouvoir éviter. Aussi, parce qu’il y a très peu de prévention sur le sujet au Québec.
 
« Quand il y a des abus sexuels, « gang band », on amène la fille à coucher avec n’importe qui. Rapidement, on va lui dire que c’est la mode, c’est un jeu, ça fait partie de la culture du gang. Si les filles sont victimes de ces abus, la majorité d’entre elles se sentent coupables de ces agressions. Plusieurs ne parleront pas. Tant qu’elles ne diront rien, cela va continuer. On leur dira qu’elles couchent avec plein de gars, car elles savent leur plaire, on va les programmer pour qu’elles le fassent ensuite pour de l’argent, puisqu’elles le font déjà pour rien et qu’elles leur sont redevables à ces individus de tous les cadeaux offerts. Le contrôle, la violence, la manipulation… Et si elles sont amoureuses d’un gars, il y a une emprise énorme qui s’exercera. »
 
Au début, elles fréquentent des garçons du même âge qui vont les présenter à des proxénètes plus vieux. Vendues à des proxénètes organisés, elles peuvent être conduites à Toronto sur les chemins de la prostitution. « Les proxénètes fortement organisés peuvent amener les filles en Ontario. On a déjà vu, quand le pétrole était très demandé, qu’il y avait aussi l’Alberta. Ce sont des gars de 35 ans. Les gangs de rue favorisent les sites d’escortes et déplacent les filles dans tous les motels du Québec en fonction de la demande.