Et si on réinventait l’école?

Un livre de Jean-François Roberge

Jean-François Roberge, député de Chambly au sein de la Coalition Avenir Québec (CAQ), est le porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière d’éducation, d’enseignement supérieur, de recherche et de science. Auparavant enseignant à Saint-Basile-le-Grand, dans son livre Et si on réinventait l’école ? -Chroniques d’un prof idéaliste, le député donne 20 idées pour améliorer le système scolaire québécois. Il a accepté de répondre aux questions du journal Les Versants.
Qu’est-ce qui vous a poussé à faire ce livre?
Roberge. J’avais ce besoin de montrer une vision cohérente du système d’éducation. Dans ce livre, il y a 20 chapitres, 20 idées, et je pense que c’est une erreur que l’on fait depuis longtemps au Québec d’aller une idée à la fois. J’ai l’impression que l’école est un écosystème où il faut agir sur plusieurs fronts pour faire une différence sur le plan de la réussite.
Avec ce livre, vous vous positionnez comme un futur ministre de l’Éducation si votre parti arrivait au pouvoir?
Je ne peux pas prétendre à un poste de ministre ou pas, c’est le chef du parti qui décidera qui aura quel poste au ministère. Mais on m’a donné la responsabilité de l’éducation à la CAQ et on m’a offert cette marge de manœuvre pour pouvoir brasser des idées depuis le début. On est le parti des idées rigoureuses. M. Legault m’a laissé toute la marge de manœuvre en me disant que peut-être qu’il ne sera pas d’accord à 100 % avec le livre, mais qu’il est d’accord à 100 % avec l’idée qu’il faut brasser des idées en éducation.
Avez-vous écrit ce livre avec la CAQ?
Non. M. Legault m’a fait confiance. Quand je lui ai annoncé que j’allais écrire ce livre, il m’a dit : « Vas-y, Jean-François. On fera ensuite le débat à l’interne au sein du parti pour voir dans quelle mesure le parti s’appropriera les idées du livre. » Il l’a lu avant qu’il soit envoyé à la maison d’édition, mais il n’a exigé aucune modification en me félicitant pour ma contribution. L’école de 4 à 18 ans, c’est après avoir lu le livre que la CAQ s’est approprié cette idée.
Vous faites le parallèle entre l’école privée et l’école publique en expliquant que le public devrait prendre les bonnes idées du privé, mais n’y a-t-il pas une différence de fonds disponibles?
Je ne pense pas que ce soit une question d’argent, c’est plus une question d’organisation. Je ne veux pas aduler le modèle des écoles privées. Il y a du bon et du moins bon dans les deux réseaux. Moi, je veux simplement que les réseaux se nourrissent l’un et l’autre. Je pense qu’il y a beaucoup d’argent dans les commissions scolaires. Je ne veux pas les abolir, mais je veux les alléger. En donnant plus d’autonomie aux écoles, on allégerait la structure régionale et cette autonomie viendrait avec des ressources. Il faut s’inspirer des modèles qui fonctionnent.
À quoi servirait l’Ordre des enseignants?
Il faut assurer une meilleure formation de base et surtout une meilleure formation continue. Aujourd’hui, la formation continue est plutôt facultative et de qualité variable. Un Ordre des enseignants pourrait regarder si l’enseignement universitaire est aux normes. Les ordres professionnels s’assurent que la formation de base réponde à des standards très élevés, comme pour les facultés de droit ou de médecine. En enseignement, c’est du grand n’importe quoi. On peut faire un baccalauréat en enseignement du français et se faire confier la tâche d’enseigner les sciences au secondaire. Un ordre pourrait stipuler, au profit de l’élève, qu’il a droit à un enseignant compétent. Mon épouse, qui est avocate, est obligée de suivre des cours chaque année. Quand le Code civil a changé, elle ne peut pas dire : «  Moi, je pratiquerai toujours le droit comme je veux. » En enseignement, on pourrait ne prendre aucune formation pendant 25 ans. C’est une aberration.
Est-ce qu’il va y avoir un autre livre?
Je me suis rendu compte qu’il y avait encore trois ou quatre idées que j’avais oublié d’aborder. J’hésite, c’est quand même un travail colossal quand on est député et qu’on a une charge publique, mais c’est certain, je n’ai pas encore tout dit. On verra si cela prendra la forme d’un nouveau livre ou une autre forme.
Vos chroniques ne sont-elles pas celles d’un prof trop idéaliste?
Je ne pense pas qu’on puisse être trop idéaliste quand on parle des jeunes. Il faut viser l’idéal, il faut viser le meilleur système. Pendant longtemps, on s’est comme confortés dans le fait qu’on n’est pas pires, on se compare avec ceux qui réussissent moins bien que nous. Plutôt que de regarder ceux qui sont derrière et de me consoler, j’ai tendance à regarder ceux qui sont devant et prendre les moyens pour les dépasser. Je ne pense pas qu’en éducation, on puisse être trop idéalistes. Il faut viser haut et se donne les moyens d’y arriver.