Écoles secondaires : la prévention avant l’intervention

Le passage du primaire vers le secondaire est une période de transition qui peut parfois s’avérer ardue pour certains adolescents.

« Pour les enfants de 6e année, s’en aller vers la grosse bâtisse que peut représenter l’école secondaire, ça fait peur. La consommation et la présence de drogues, ça faisait peur aussi aux jeunes. Il y a eu un temps où c’était la violence. Donc, selon les moments, les époques, voilà les grandes lignes de craintes lors de l’arrivée au secondaire. Mais tout cela a été à l’origine de la mise en place de moyens de prévention; la majorité des écoles secondaires ont développé des façons de rejoindre les élèves dès le moment où ils sont encore au primaire, des procédures de passage primaire-secondaire », mentionne en entrevue la directrice de l’École secondaire du Mont-Bruno, Céline Chagnon. La directrice en poste depuis trois ans donne en exemple la visite que font des adolescents du secondaire dans leurs anciennes écoles du primaire, le but étant d’établir un réseau de sécurité et une référence auprès des écoliers de 6e année.

De son côté, le directeur de l’École secondaire du Grand-Coteau à Sainte-Julie, Robert D’Aquila, parle d’anxiété, d’isolement, de relations interpersonnelles et d’intimidation comme possibles écueils à l’entrée au secondaire. Mais les enfants que sont ces nouveaux arrivants sont pris en charge rapidement. « L’important, c’est la sécurité, le bien-être et l’intégration de ces jeunes qui arrivent du primaire. C’est la raison pour laquelle nous avons en place une équipe qui œuvre dans les écoles du primaire afin d’aider à la transition, mais également un système en place à l’intérieur de notre établissement, ce que j’appelle notre filet de sûreté, pour une meilleure confiance entre les quatre murs de l’école, un soutien, une surveillance. »

« Je ne sais pas pourquoi, je n’ai pas de théorie sur le sujet, mais nous avons aussi remarqué qu’il y avait de plus de cas d’anxiété dans nos écoles. Nous le constatons. Je ne sais pas si c’est une préoccupation de ce qu’ils vont devenir qui prend une plus grande place dans leur vie, ou une fragilisation de notre société, mais nos étudiants sont plus anxieux », note Céline Chagnon.

Pas à l’abri

Drogues, intimidation, gangs de rues, méfaits… la Rive-Sud (Montréal) n’est pas à l’abri des phénomènes de gangs de rue, de prostitution juvénile et de trafic de stupéfiants. Selon Céline Chagnon, aucun directeur au Québec ne peut dire qu’il n’y a pas de drogue ni de violence, physique ou verbale, dans son école. « Je n’ai jamais cru à cela; en tant que directrice, je ne peux pas le nier. C’est une vérité. De la drogue, il y en a dans les écoles; il nous appartient par contre de mettre en place des mesures d’information, de prévention, d’accompagnement. Nous avons cette obligation », explique Mme Chagnon, qui précise qu’une présence policière aux abords de l’école n’est pas toujours synonyme d’intervention. « Nous avons une importante collaboration avec le Service de police, notamment pour faire de la prévention et de la sensibilisation auprès de nos élèves. »

C’est pourquoi le travail effectué en amont et en collaboration, avec les parents, les organismes de la région comme les maisons de jeunes ainsi que les policiers, est très important pour les deux directeurs parce qu’il permet de prévenir et d’intervenir en cas de besoin. « Personne n’est à l’abri de ce type d’intervention. C’est pourquoi on se doit d’être à l’affût. Depuis que je suis en poste (trois ans), je n’ai jamais eu connaissance de cas de prostitution concernant nos jeunes filles », de déclarer M. D’Aquila. Mme Chagnon poursuit : « Nous avons connaissance qu’au cours des dernières années, les gangs de rue se sont déplacés : de Montréal à Longueuil, ils sont ensuite allés plus loin encore sur la Rive-Sud. Mais grâce à un travail de collaboration avec les policiers et le projet Mobilis, nous sommes au fait de ce qui peut se passer. En fait, tous les organismes dont le centre d’intérêt est l’adolescent ont l’obligation morale de collaborer. »

Les temps ont changé

Mme Chagnon est directrice d’école depuis 30 ans. Elle a œuvré dans six établissements  différents. Selon elle, les difficultés auxquelles le personnel est confronté ont changé depuis ce temps. « Avant, il y avait des batailles dans les cours d’école. Des bagarres de garçons. Les filles, c’était plus sinueux; il y avait des commentaires. Mais aujourd’hui, il faut gérer les réseaux sociaux. Nos interventions sont associées à des situations qui se déroulent hors de l’école. Nous gérons moins de choses issues d’ici, plutôt d’ailleurs, mais qui ont des impacts dans nos murs. »

Les parents sont également d’importants collaborateurs pour le bien-être et la sécurité des jeunes. Les deux directeurs s’entendent sur ce point. Mais il y a des parents moins facilitants que d’autres, laisse savoir la directrice de l’École secondaire du Mont-Bruno. « Il y en a qui nous accompagnent très bien, qui collaborent. D’autres sont démunis… démunis de ressources, de connaissances. Et d’autres qui ne nous aident pas, qui préfèrent nier la vérité. »