Du politique à la presse régionale

Entrevue de Martin Cauchon

Le journal Les Versants s’est entretenu avec l’homme d’affaires Martin Cauchon, de passage à Saint-Bruno-de-Montarville.

Martin Cauchon, avocat de carrière, député à Outremont, secrétaire d’État, à la tête de plusieurs ministères fédéraux, est devenu, à 52 ans, patron de presse. Le journal Les Versants s’est entretenu avec l’homme d’affaires, de passage à Saint-Bruno-de-Montarville, qui a créé en mars 2015 le Groupe Capitales Médias. Celui-ci regroupe les journaux Le Soleil de Québec, Le Quotidien de Saguenay, Le Nouvelliste de Trois-Rivières, Le Droit d’Ottawa, La Voix de l’Est de Granby, ainsi que La Tribune de Sherbrooke, tous vendus par le Groupe Gesca, détenteur de La Presse.

Pourquoi avoir acheté des journaux régionaux?

Quand j’ai fait l’acquisition du Groupe Capitales Médias, des six journaux régionaux, j’ai dit à tout le monde que nous étions là pour de l’information dans l’ensemble des régions du Québec. On va continuer à donner à de la population une information de proximité et de qualité, car c’est ce que les gens recherchent lorsqu’on parle de nouvelles aujourd’hui. Ma force, ce sont mes salles de nouvelles qui sont enracinées partout au Québec. Elles produisent du contenu que je vais pouvoir, à l’avenir, diffuser sur le maximum de plateformes possibles.

Pourquoi avoir signé un accord avec V télé?

L’accord avec V télé s’affiche dans une suite logique. V télé est obligée de faire de la nouvelle dite régionale. Depuis des années, on fait nos vidéos nous-mêmes pour nos sites Internet et maintenant, on le fait pour nos tablettes, pour nos téléphones intelligents. Tout ce qu’il restait à faire, c’était d’avoir une entente à l’effet de créer du contenu de nouvelles régionales qu’on va produire nous-mêmes pour V télé. Voilà la résultante de ces discussions. La quasi-totalité des nouvelles régionales pour V télé sera désormais produite par Groupe Capitales Médias.

Vous avez été bien accueillis lors de la constitution du Groupe Capitales Média?

Quand je suis arrivé, nous avions plus de 500 personnes qui évoluaient au sein du groupe. Oui, j’ai été bien reçu. Il y a eu un peu de nervosité, bien évidemment. Une telle transaction implique toujours une période d’incertitude, mais après avoir expliqué à tout le monde la vision qu’on avait pour le groupe, les gens ont sauté à pieds joints dans l’aventure. Je dois vous dire que lorsqu’on a fait la transaction, le premier élément qu’on a pris en compte, c’est celui des ressources humaines. Il y avait plus de 500 employés et aujourd’hui, quand je regarde ces 400 personnes qui font désormais partie de l’équipe, elles sont une force absolument remarquable pour nous. Des gens très compétents, des gens qui ont la mission, comme moi, de donner une information de proximité et de qualité. À date, cela a été une belle surprise et ils font la différence dans le groupe.

Quel est l’avenir?

Notre premier défi était de négocier avec 17 unités syndicales et cela s’est très bien passé. Le deuxième était le virage numérique. Le papier, pour communiquer une annonce, c’est encore le meilleur médium, la meilleure plateforme, après il y a Internet. On a donc produit notre propre plateforme, notre propre tablette et en même temps, on a développé notre téléphone intelligent, qui connaît un succès inespéré. L’objectif qu’on a cette année, c’est de stabiliser les ventes sur l’ensemble de ces plateformes et de se diversifier. Vous en avez un bel exemple avec l’accord signé avec V télé. Est-ce qu’on pense à procéder à des acquisitions, est-ce qu’on va pouvoir se diversifier comme ça sur d’autres plateformes? Tout cela est dans l’air et pour Groupe Capitales Média, il n’y a rien d’impossible.

L’avenir du papier?

Pour nous, le papier reste et demeure pour un horizon lointain, et il restera la plateforme principale. La nouvelle régionale, c’est une nouvelle qui se veut de proximité et où l’ensemble des membres d’une communauté peuvent se voir et prendre le pouls d’une vie communautaire, artistique, politique, économique et culturelle. Pour moi, il y avait un besoin dans le passé et il y aura un besoin à l’avenir. On peut avoir toute la technologie que l’on veut, mais l’être humain reste l’être humain. La limite de la technologie demeure l’intérêt du lectorat. C’est pour ça que notre intérêt, c’est de nous coller sur l’ensemble de nos marchés, l’ensemble de nos communautés. Oui, il y a toujours un intérêt.

Peut-il y avoir un intérêt politique dans l’acquisition de tous ces journaux?

Non. Oui, j’ai été pendant toute ma vie un animal politique, c’est très clair. On ne peut pas en sortir, c’est dans mes gènes, mais est-ce que sur l’écran radar, au moment où on se parle, la politique y figure? La réponse est non. J’ai découvert une belle passion. Un des mandats qui m’a toujours fasciné, lorsque j’étais dans la vie politique, c’était mon mandat de développement régional, car j’aimais la proximité avec les gens, la vie en région. Alors, quand le premier ministre nous disait : « Vous êtes en semaine de relâche, mais je ne veux pas que vous voyagiez en dehors du Québec et du Canada », pour moi, ce n’était pas une punition.