Des torchons à vaisselle comme remède

Annie Désaulniers

Annie Désaulniers, atteinte du cancer du sein, tricote à longueur de journée des torchons à vaisselle. Un exercice qui lui a redonné le moral en soulageant ses bras douloureux, tout en lui permettant d’amasser de l’argent au profit d’une oeuvre caritative.

Annie Désaulniers tricote depuis l’âge de 9 ans. Une habitude qu’elle avait perdue depuis quelques années avant que ses aiguilles à tricoter ne lui redonnent de l’espoir. « L’an dernier, j’ai appris que j’avais le cancer du sein. En janvier, j’ai commencé une chimiothérapie, mais rapidement, j’ai eu des problèmes avec mes bras, qui sont devenus très douloureux », se rappelle-t-elle.

Aucune autre solution qu’une injection pendant 100 jours au ventre et de la physiothérapie. « Les rendez-vous se succédaient et ajouter de la physiothérapie avec ma fatigue, c’était trop. Alors, j’ai sorti mes aiguilles à tricoter pour faire des torchons à vaisselle. »

Elle est devenue résidante de Saint-Bruno-de-Montarville il y a cinq ans, et elle participait activement à l’Association Curling pour enfants, un organisme venant en aide aux enfants malades. Habitant dorénavant à Sorel-Tracy, elle décide d’y monter une organisation similaire. « Il y a 11 à 12 clubs Curling pour enfants sur la Rive-Sud et comme je devais rester chez moi, à éviter les virus extérieurs, j’ai décidé de tricoter des linges que je vends 5 dollars pour la cause. J’en ai fait l’annonce sur Internet et en quelques jours, il y a eu un engouement très fort. Je pensais que l’envie allait me passer, mais je continue de semaine en semaine et maintenant, je n’arrête plus, jour et nuit. »

Très vite, une centaine de torchons tricotés à la main sont vendus, les internautes proposent même à la tricoteuse de venir l’aider dans son travail. « Cela n’arrête plus. On en vend partout au Québec. Les gens proposent même de nous payer les frais de port pour en recevoir. Nous avons beaucoup de contacts à Saint-Bruno-de-Montarville, car mon conjoint y travaille toujours. Alors, tous les jours, il porte des torchons à vaisselle aux habitants de la ville qui en ont commandé. Les gens sont contents. Plutôt que de faire un simple don, ils ont quelque chose en échange. »

M. Désaulniers travaille à la Commission scolaire des Patriotes, dont le siège est à Saint-Bruno-de-Montarville, uniquement sur appel désormais. Mais son épouse a gardé dans la ville beaucoup d’amis, de la famille, des collègues de travail avec qui elle marche de temps en temps. En une semaine, elle a déjà récolté 600 dollars. « Je tricote partout, dans la rue, aux pommes, dans les 5 à 7. »

Fini la douleur

En quelques semaines, à force de tricoter et sans avoir fait une séance de physiothérapie, les douleurs violentes aux bras se sont envolées. De ce fait, les injections au ventre pour soulager la douleur n’ont plus lieu d’être et « tricoter, c’est excellent pour le moral ». 

Mme Désaulniers, plus que d’avoir trouvé une nouvelle passion salvatrice, réussit par son enthousiasme à transmettre son amour du tricotage aux plus jeunes. « On habite autour d’un rond-point où tous les vendredis, on rencontre les voisins pour ce qui ressemble à une fête de quartier hebdomadaire. Une petite fille d’environ 8 ans a voulu apprendre à tricoter avec moi. En soirée, elle s’éclaire même avec un téléphone pour pouvoir continuer. Il n’y a pas longtemps, certaines maisons du quartier ont été inondées après des pluies diluviennes et son patron de tricot avait disparu. Nous lui en avons trouvé un autre, car elle était vraiment triste. »

Sauvée par le tricot

La mère de Mme Désaulniers est morte d’un cancer à 48 ans, son âge aujourd’hui. « J’avais 23 ans à l’époque et je me rappelle m’être tournée vers le tricotage. Cela m’a toujours sauvée quand j’avais de la peine. Actuellement, j’arrive à mes traitements avec mes torchons. » Elle souhaite aussi solliciter les commerces pour qu’ils acceptent de proposer à leurs clients ses torchons à vaisselle.

Le 19 octobre, Mme Désaulniers se fera de nouveau opérer, une nouvelle épreuve qu’elle attend sereinement. « Je vais très bien. Au début, je tricotais afin de récolter de l’argent pour la cause que je défends. Maintenant, je le fais aussi pour redonner de l’espoir à d’autres femmes. »