5,2 milliards laissés sur la table par les entreprises manufacturières en Montérégie par manque de personnel

Des milliers de postes sont à combler dans les différents domaines d’emploi en Montérégie, mais il y a de moins en moins de travailleurs pour y arriver et cela empêche les entreprises de toucher d’importants revenus.

C’est le constat auquel sont arrivés l’Institut du Québec dans son analyse des données de l’emploi du deuxième trimestre de 2021 ainsi que Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ) dans les résultats de sa grande tournée de consultation et de son sondage auprès des manufacturiers du Québec.

Postes vacants à la hausse

La Montérégie se trouve au milieu du classement des régions de la province en termes de postes vacants, avec 5,5% de tous les emplois qui n’ont toujours pas trouvé preneur. Depuis 2019, soit avant la pandémie de coronavirus, cette donnée a donc augmenté puisque ce sont 4,3% des emplois qui étaient alors à combler.

En termes de nombre d’emplois, l’économiste principal de l’Institut du Québec, Simon Savard, indique que c’étaient 23 410 postes qui étaient inoccupés en 2019, contre 30 755 pour l’année actuelle. Outre le nombre de postes inoccupés qui a augmenté entre 2019 et 2021, l’Institut du Québec indique également dans son rapport que chaque poste qui ne trouve pas preneur dans la province a un moins grand nombre de chômeurs qui sont disponibles pour les occuper. De 4,7 chômeurs par poste vacant en 2016, la province est désormais passée à 1,5 en 2021.

5 200 000 000$

C’est la somme d’argent que MEQ estime que les entreprises qu’elle représente n’ont pas pu obtenir depuis deux ans en Montérégie par manque de main-d’oeuvre

Domaines lourdement affectés

Parmi les domaines qui encaissent difficilement la pénurie de travailleurs, on compte les entreprises exportatrices et manufacturières de la région. Elles auraient perdu, selon les données publiées le 29 septembre par MEQ, près de 5,2 milliards de dollars depuis deux ans. MEQ indique que cette situation survient « à cause de pertes de contrats, de pénalités de retard et de décroissance reliés à la pénurie de main-d’œuvre et ce, seulement dans le manufacturier. » L’organisation indique que son calcul pour le Québec donne des pertes d’environ 18 milliards de dollars depuis 2 ans.

Dans les commerces et industries du coin, ce manque de travailleurs se traduit en des apparitions de plus en plus fréquentes d’affiches « nous embauchons » dans les vitrines et sur des panneaux devant les usines. Certains restaurants rapides sont également obligés de fermer leurs portes autour de 21h ou 22h alors qu’ils étaient autrefois en mesure d’ouvrir 24h/24. 

Devant le manque de personnel persistant, certains employeurs choisissent d’offrir de meilleures conditions de travail afin de pouvoir recruter un plus grand bassin de candidats pour des emplois. Mais avec la pandémie de COVID-19 qui a frappé durement des industries comme la restauration, difficile d’augmenter les conditions de travail des employés sans que cela ne se répercute sur les marges de profit réalisées par les restaurateurs, qui ont parfois eu de la difficulté à continuer d’exister durant la crise. Des restaurants tels que l’Express, le Stories ou le Resto de la Place, à Saint-Basile-le-Grand, sont des exemples d’acteurs de ce milieu qui n’ont pu survivre à la pandémie et auraient sûrement eu de la difficulté à bonifier leurs conditions de travail sans en subir les répercussions sur les profits réalisés. 

Solutions au problème

Questionné à propos des pistes de solution qui pourraient permettre aux entreprises de la Montérégie de venir à bout du manque de personnel, l’économiste Simon Savard avance que plusieurs pistes de solutions sont à envisager. Parmi elles, il en décrit quatre principales. «[On peut d’abord] accroître le bassin de main-d’œuvre en favorisant l’immigration temporaire ou permanente pour répondre aux besoins actuels et futurs du marché du travail. Ensuite, il faut retenir et favoriser la participation des travailleurs d’expérience, soit de 60 ans et plus, au marché du travail. Si le taux d’emploi des personnes de 60 ans et plus était le même au Québec qu’en Ontario, ce sont potentiellement 90 000 personnes qu’on pourrait ajouter au marché du travail. Il faut réussir l’intégration économique des immigrants : il y a encore un écart de 5 points de pourcentage entre le taux de chômage des immigrants et celui des personnes nées au Canada âgées de 25 à 54 ans. Il faut aussi travailler sur la surqualification des immigrants – c’est-à-dire à l’abaisser- et bien cibler les candidats à l’immigration au Québec pour qu’ils aient les compétences nécessaires pour répondre aux besoins actuels et futurs du marché du travail. Finalement, il faut améliorer la productivité : ça passe par des investissements dans les entreprises privées et à plus long terme par l’accroissement du niveau de scolarité de la population. »

Comment le manque de travailleurs en Montérégie vous affecte-t-il?