Décroissance démographique dans le grand Montréal : l’heure de faire des choix

L’Observatoire Grand Montréal a présenté, le 26 mai, une note sur la démographie de la population du grand Montréal à l’horizon 2050. Contrairement aux régions de Toronto et de Vancouver, la région de Montréal se dirigerait progressivement vers une baisse de sa population.

Le recensement de 2026 est très attendu pour connaître l’évolution de la population canadienne. Avant même la publication de ces données, l’Observatoire Grand Montréal a diffusé, le 26 mai, une note présentant des projections démographiques pour le grand Montréal à l’horizon 2050. Ces prévisions indiquent que, pour la première fois, la population de la région métropolitaine pourrait être en décroissance. Cette analyse, qui porte sur la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), s’appuie notamment sur les données de l’Institut de la statistique du Québec.

L’Observatoire à l’échelle du grand Montréal, une plateforme d’analyses de données statistiques et cartographiques consacrée au développement des 82 municipalités de la région métropolitaine, souligne que la population des 65 ans et plus a augmenté de 23 000 personnes en 2024, puis de 22 000 en 2025, dépassant systématiquement la croissance des autres groupes d’âge. Cette tendance devrait perdurer en 2050 pour le grand Montréal.

Baisse démographique

Contrairement aux régions métropolitaines de Toronto et de Vancouver, qui devraient voir leur population respective progresser d’ici 2050, la région métropolitaine de Montréal suit actuellement une trajectoire démographique négative.

« En termes de croissance démographique, la Rive-Sud près de Montréal devrait connaître, d’ici 2050, une hausse relativement stable d’environ 20 000 personnes. Ce n’est pas une croissance particulièrement élevée. En revanche, l’île de Montréal devrait connaître une décroissance démographique d’ici 2050 », indique Jean-Charles Hamel, responsable des publications et de la coordination métropolitaine du monitorage à la Communauté métropolitaine de Montréal.

Les explications

Plusieurs facteurs expliquent cette baisse de population projetée à Montréal.

« On observe une tendance à l’éloignement du centre-ville en raison du coût de l’immobilier. Il peut également y avoir des opportunités d’emploi au-delà de la CMM. Le vieillissement de la population et un apport migratoire insuffisant dans la région métropolitaine de Montréal jouent aussi un rôle important. Selon les projections, le grand Montréal, dont la population a atteint 4,3 millions de personnes en 2025, devrait afficher une baisse de 1,3 % de sa population d’ici 2050 », explique M. Hamel.

À l’inverse, une immigration plus soutenue et une structure d’âge légèrement plus jeune permettront aux régions de Toronto et de Vancouver d’atténuer les effets du vieillissement et de maintenir leur croissance démographique. D’ici 2050, la population de Toronto devrait ainsi croître de 14,6 %, tandis que celle de Vancouver devrait bondir de 21,9 %.

Dans le grand Montréal, en 2025, pour la première fois depuis le choc pandémique, la population des 19 ans et moins ainsi que celle des 20 à 29 ans ont toutes deux diminué, tandis que celle des 65 ans et plus a progressé de 2,9 %.

L’heure des choix

Selon M. Hamel, il sera difficile d’inverser la tendance au vieillissement de la population du grand Montréal.

« Pendant longtemps, le vieillissement de la population a été perçu comme un phénomène lointain et théorique. Nous aurions pu adopter des politiques plus prévoyantes. La CMM milite depuis plusieurs années en faveur d’une plus grande densité urbaine, par exemple. Aujourd’hui, nous sommes dans une phase de rattrapage. Il n’est pas impossible de résoudre ce problème, mais les gouvernements devront faire des choix », explique-t-il. Le vieillissement de la population exerce une pression croissante sur les finances publiques. Le poids fiscal reposera davantage sur les contribuables en âge de travailler, qui seront proportionnellement moins nombreux que les personnes âgées de 65 ans et plus.

L’immigration semble être l’une des principales solutions, mais l’Observatoire Grand Montréal souligne qu’elle ne suffira pas à inverser complètement la tendance, d’autant plus que les politiques actuelles du Québec tendent plutôt à la limiter.

« Si l’on souhaite réduire l’immigration, a-t-on bien mesuré toutes les conséquences? Depuis 2017, au sein de la CMM, 100 % de la croissance de l’emploi est attribuable à l’immigration », conclut M. Hamel.