Décès de Janine Sutto : elle avait accordé une entrevue au journal

La comédienne Janine Sutto s’est éteinte tôt ce matin, à l’âge de 95 ans, de cause naturelle. La dame de théâtre et de télévision avait accordé une entrevue au journal L’Émeraude plus en 2010, dans le cadre de la sortie de sa biographie, Vivre avec le destin, un récit intime, généreux et rempli d’émotions rédigé par son gendre, Jean-François Lépine.
Journal L’Émeraude plus : Madame Sutto, que représente cette biographie pour vous?
Janine Sutto : Ce livre raconte l’histoire du théâtre, de ses débuts en 1940 jusqu’à nos jours. C’était le but en cours de route, mais le théâtre est lié à ma vie. C’est donc un point de vue de ma profession par rapport à ma vie.
Journal L’Émeraude plus : Pourquoi une telle biographie?
Janine Sutto : Jean-François parle de mon métier, que je connais pas mal, mais qui est si difficile. Ce qui m’a intéressée, c’est que je souhaitais laisser un témoignage aux autres, un message à ces jeunes qui commencent, afin qu’ils apprennent comment on procède, comment les rencontres se déroulent dans le milieu.
Journal L’Émeraude plus : Est-ce que c’était important pour vous que cette biographie soit écrite par votre gendre, le journaliste Jean-François Lépine?
Janine Sutto : C’est arrivé comme ça, selon le conseil de Mireille, ma fille. J’ai beaucoup d’admiration pour lui. Il raconte une histoire, mais c’est tout de même douloureux de savoir comment on est perçue par quelqu’un d’autre. Ça prend du courage. D’ailleurs, je n’avais rien lu avant la fin. Je n’ai pas été en mesure d’en faire la lecture d’un coup non plus. C’est difficile de lire quelque chose qui nous concerne si personnellement, si intimement.
Journal L’Émeraude plus : Qu’est-ce qui vous a le plus touchée dans cette histoire?
Janine Sutto : Naturellement, les témoignages de mes camarades. Mais aussi de lire que pour ma fille Mireille, j’ai été une mère assez absente parce que je travaillais tellement. Ça m’a frappée.
Journal L’Émeraude plus : Madame Sutto, pourquoi continuez-vous à jouer au théâtre, à la télévision et même sur le Web?
Janine Sutto : Mais parce que j’ai cette chance qu’on me le demande encore! Dans notre métier, on ne connaît pas vraiment la retraite. Tant que la santé et la force de le faire sont là, pourquoi pas? Vous savez, je n’ai pas de raison de me retirer non plus. Le théâtre est un métier que j’aime avec passion. En fin de semaine, je suis encore allée voir deux pièces. J’y vais voir jouer mes camarades et les nouveaux élèves qui émergent.
Journal L’Émeraude plus : Quel est votre plus beau souvenir?
Janine Sutto : En 70 ans, je ne peux pas en avoir juste un. Mes premiers rôles représentent beaucoup et aussi d’avoir participé à deux reprises à la pièce Harold et Maude, une pièce-cadeau celle-là, très et trop beau.
Journal L’Émeraude plus : Et quelle est votre plus grande fierté?
Janine Sutto : Eh bien je ne peux pas uniquement considérer mon métier! C’est la raison pour laquelle ma plus grande réussite est la naissance de mes deux filles. Avec elles, j’ai l’impression d’avoir fait quelque chose.
Journal L’Émeraude plus : Que retenez-vous de cette expérience littéraire, qu’avez-vous appris en vous livrant ainsi?
Janine Sutto : Je sais maintenant que mes filles ont souffert en raison de mon absence et de mon excès de travail. Je ne suis pas idiote, je n’ai pas envie de mourir sur scène; j’espère être assez intelligente pour dire un jour : « C’est fini « . Aujourd’hui à 89 ans, on continue tant et aussi longtemps que les jambes et la tête fonctionnent. La tête, ça va encore, mais dernièrement, je sens que j’ai perdu de l’équilibre et de la force dans mes jambes. J’appréhende l’hiver, moi qui adore cette saison! Je risque d’avoir besoin d’une canne… mais je ne suis pas étonnée, c’est ça, la vieillesse.
Journal L’Émeraude plus : Qu’est-ce qui vous permet d’être encore en forme à votre âge?
Janine Sutto : Je marche beaucoup. Je marche pour mes commissions, faire mon marché. Évidemment, j’y vais plus lentement maintenant et je dois faire attention, mais ça ne coûte rien et c’est nécessaire. La marche m’apporte énormément de bien. Je surveille aussi mon alimentation. Autrement, je n’ai jamais fait attention tant que ça. J’ai fait aussi tout ce qu’il ne fallait pas. Mais je dois avouer que rendue à mon âge, je fais plus attention depuis près de 25 ans. Et depuis quelques années, je pratique le pilates, ce qui permet de rééquilibrer les muscles du corps.
Journal L’Émeraude plus : Avez-vous des regrets?
Janine Sutto : Du tout. Évidemment, on peut toujours s’améliorer et être meilleur avec les autres. Par exemple, j’endosse deux causes, la déficience et l’alzheimer. Mais sinon, je ne regrette rien. C’est difficile de raconter sa vie; se souvenir de tout n’est pas une partie de plaisir non plus. Je suis une femme qui vit beaucoup dans le moment présent. Je n’avais rien oublié, j’ai quand même beaucoup de mémoire, mais je ne suis pas ce qu’on appelle une « nostalgique ». Tout ce que l’on a vécu et expérimenté en tant que comédienne, c’est ce qui vous forme en tant que personne.