Changement de zonage à Saint-Basile: les résidants inquiets, mais mobilisés

À Saint-Basile-le-Grand, les résidants des rues des Fromagers, Richard et Parent s’unissent pour mettre fin au projet de changement de zonage de leur secteur.

Si ce changement de zonage est implanté, la possibilité d’installer des maisons unifamiliales, des semi-détachés ou des immeubles de quatre à huit logements serait ouverte dans le secteur où se trouvent présentement les maisons mobiles. Cette éventualité décourage et frustre les Grandbasilois vivant dans les maisons mobiles touchées par le règlement, qui pourraient éventuellement devoir vendre leur résidence, qui aura perdu de la valeur, et partir sous la
pression des nouveaux acheteurs qui préféreraient un quartier sans maisons mobiles. 

Parmi eux, on trouve Luc Dauphinais et Chantal Duvernay. Ils habitent ensemble dans la résidence que cette dernière a acquise en 1994. « Toute sa pension a été investie ici et certains nouveaux acheteurs paient 300 000 $ pour habiter dans le quartier », dit M. Dauphinais, qui, tout comme sa femme, a fait carrière dans le milieu hospitalier québécois. « On est quoi, nous autres? On paie nos taxes, on fait des rénovations, on entretient la maison et là, on se fait dire que le zonage va changer. » Il sent qu’il a fait sa part pour aider la société durant sa vie, et que cette nouvelle réglementation est un dur coup à avaler, qui pourrait faire en sorte de changer complètement la manière dont il vit présentement.

À travers les années, comme d’autres l’ont fait avec leur propriété, le couple a ajouté un solarium et remis au goût du jour les pièces de la résidence. « On vit bien en ce moment, mais si l’on déménage, on ne pourra pas rester dans le coin. » Cela signifierait pour ces deux retraités de devoir quitter Saint-Basile pour s’éloigner du même coup de leurs petits-enfants qui habitent sur la Rive-Sud, de quitter les arbres matures qui donnent de la fraîcheur et de la vie au secteur et d’abandonner des activités pour pouvoir se payer un appartement dans une période où ils sont introuvables. Ce sacrifice, ils ne sont pas prêts à le faire, notamment parce que c’est ici qu’ils veulent profiter de la retraite.

« On est quoi, nous autres?On paie nos taxes, on fait des rénovations, on entretient la maison et là, on se fait dire que le zonage va changer. »

– Luc Dauphinais

Mme Duvernay indique d’ailleurs que son frère, qui habitait également dans le quartier, a dû déménager à la frontière entre le Québec et le Nouveau-Brunswick pour être en mesure de trouver une résidence correspondant à ses moyens. « Si je vais en appartement, je pourrai payer le loyer et c’est tout ce que j’aurai les moyens de me permettre pour ma retraite avec le prix que ça coûte aujourd’hui. »

Demande d’un citoyen

C’est à la suite de la demande d’un citoyen du secteur que Saint-Basile a effectué le changement de zonage dans le secteur des maisons mobiles. C’est l’information qui a été transmise par le maire de la Municipalité, Yves Lessard, en réponse aux questions du journal Les Versants. L’élu a également indiqué que, pour le moment, « aucun projet immobilier d’envergure n’est prévu », ajoutant que « la modification permettra aux propriétaires de terrains individuels de construire des maisons unifamiliales jumelées ».

En lien avec le fait que certains résidants craignent de devoir déménager du secteur en raison d’un éventuel projet immobilier qui serait mis de l’avant, M. Lessard répond que « la modification de zonage ne forcera pas les propriétaires à démolir leur propriété et les maisons mobiles seront toujours autorisées ».

Mais comme l’a mentionné la professeure associée de gestion municipale à l’UQAM, Danielle Pilette, « il est à prévoir que la modification de zonage favorisera en effet la demande de permis de construction de résidences unifamiliales jumelées ». Un promoteur pourrait ainsi acquérir de gré à gré chaque terrain et ne pas renouveler les baux des maisons mobiles. 

Au bout du compte, après plusieurs rachats, le quartier pourrait finir par compter de plus en plus de maisons unifamiliales, de semi-détachés ou d’immeubles multilogements. Cela constituerait un potentiel fiscal intéressant pour une Municipalité comme Saint-Basile-le-Grand, d’autant plus que les terrains pour bâtir se font de plus en plus rares dans la région.

Recours des résidants

Afin de garantir que le projet ne se produise pas, il reste un recours aux résidants du secteur : exprimer leur désaccord à la Ville. Une période de 15 jours, se terminant le 10 mars, permet aux Grandbasilois de s’exprimer sur le projet avant que la Ville n’adopte un deuxième projet de règlement en lien avec le changement de zonage. Le 22 mars, une consultation virtuelle expliquera également les enjeux du projet aux citoyens du secteur qui veulent participer à l’événement.