Bilan et suite des choses pour Suzanne Roy
Après vingt-cinq années comme politicienne au niveau municipal, Suzanne Roy quitte finalement l’hôtel de ville julievillois. Entrevue pour faire le bilan avec la mairesse de sa carrière à la tête de Sainte-Julie.
Qu’est-ce qui vous a poussé à faire de la politique au niveau municipal à Sainte-Julie?
Au départ, je m’étais présentée au conseil municipal parce que j’avais un problème que je voulais aborder avec d’autres parents. Je n’avais pas reçu à mon avis l’accueil que j’aurais dû recevoir et que nous aurions dû recevoir. Suite à ça, les gens avec qui j’étais m’ont demandé de me présenter comme conseillère municipale. Je me suis alors présentée seule, comme indépendante, alors que deux grands partis se faisaient la lutte. Je me présentais toute seule, avec mes petites affiches photocopiées parce que j’avais peu de budget. C’était minimal comme campagne mais j’ai vu 92% des citoyens de mon district et j’ai remporté contre les deux autres candidats qui étaient contre moi.
Par la suite, j’ai été réélue en 2000 en me présentant avec le parti qui avait fait élire tous les autres conseillers au conseil municipal et en 2001, on m’a demandé lorsque le maire est tombé malade d’être mairesse suppléante jusqu’en 2005. C’est l’histoire de ma carrière municipale: j’ai souvent été portée par mes pairs! Ça a été comme ça pour mon élection comme préfet de la MRC Marguerite d’Youville et même chose par la suite à l’UMQ, où j’ai été chaque fois portée par mes collègues.
Comment Sainte-Julie a évolué depuis vos débuts en politique municipale?
J’avais deux défis à mes débuts comme mairesse parce qu’on avait une situation financière précaire et en même temps on avait besoin d’infrastructures, avec une ville extrêmement jeune à l’époque, avec plein de jeunes enfants. Ça prenait une troisième glace, une nouvelle bibliothèque, des nouveaux parcs, on avait des demandes au niveau des loisirs au niveau de l’infrastructure et on devait également trouver des terrains pour les garderies. Il a donc fallu mettre en place des stratégies d’intervention au niveau des infrastructures et au niveau financier.
Pour les finances, ça s’est vu dans des villes de dire “bon eh bien la situation est précaire donc c’est 10% d’augmentation des taxes cette année, puis 5%, 5% et 5% et dans quatre ans c’est réglé”. Ce que je me disais c’est “on va rétablir la situation, mais on va le faire sans avoir d’impact majeur sur les comptes des citoyens”. Sincèrement, ça pris 10 ans à vraiment passer de précaire à saine et maintenant on a une très bonne situation financière.
Quelles sont les plus grandes réussites que vous avez accomplies durant ces 25 années?
Il y en a eu plusieurs, mais je dirais notamment la mise en place de la saine santé financière, c’est le premier parce qu’on ne pouvait rien faire: on se chicanait pour acheter un banc dans un parc à l’époque. Je dirais que la réussite qui a marqué l’imaginaire en tout cas pour plein de villes au Québec, c’est quand on a refait avec le ministère du Transport le viaduc au-dessus de l’Autoroute 20. Ça a marqué l’imaginaire parce que ça ne s’était jamais fait. On a reconstruit en 14 semaines et dans les budgets. Je pense qu’on avait terminé une journée ou deux avant la fin de l’échéancier.
Il y en a un autre qui a fini par aboutir qui était mon plus long dossier- 10 ans sur 25- le stationnement incitatif. Ça a pris quelques gouvernements et il a été au moins annoncé 4 fois! C’était vraiment un dossier où j’ai dû travailler très très fort. Puis après, parmi les dossiers des dernières années, il y a toute la mise en place du parc des étangs Antoine Charlebois, un trésor de biodiversité que personne savait qu’on avait à Sainte-Julie. J’ai conclu mon mandat alors qu’on a acheté In extremis le Boisé de la Falaise pour protéger la forêt du Mont-Saint-Bruno.
En 2018, vous parliez de développer un éco-quartier sur certains terrains du champ de tir des forces armées canadiennes à Saint-Bruno: votre vision a-t-elle changé sur ce point depuis?
C’est mort dans l’œuf. Ça aurait été un véritable écoquartier: pas de voitures dans le site, l’autobus aurait passé en face. Les gens ont vu ça comme une invasion au niveau environnemental. Et évidemment si on a le choix entre des beaux arbres et un éco-quartier, on va choisir un site naturel. L’idée en était vraiment de faire un vrai de vrai éco-quartier, quelque chose d’archi particulier, un genre de laboratoire d’essai.
Des études ont été faites par la CMM par rapport à la démographie de Sainte-Julie, disant que la ville perdra 10 000 citoyens. Que pensez-vous de ces résultats?
Si c’était vrai ce qui est écrit, venez acheter une maison à Sainte-Julie parce que des maisons il va y en avoir à vendre à Sainte-Julie. Ce n’est pas ça qui va arriver, mais cette étude a été faite en se disant que la ville n’a plus de terrains pour construire de nouveau: c’est vrai. Mais Sainte-Julie se bâtit sur elle-même. On avait un vieux centre d’achats qui était délabré et on le réhabilite avec du commercial et du résidentiel, on augmente un peu la densité, on a été parmi les premières villes à offrir du bi-génération. Je vous dirais que le gros de la population qu’on a perdu c’était dans les dernières années, sans qu’on s’en rende compte. Quand j’ai été élue il y a 25 ans, on était tous quatre dans nos maisons et désormais nous sommes tous deux. Les enfants sont partis étudier et tout ça et on a densifié donc on a perdu une tonne de jeunes, mais on a compensé par de nouvelles personnes avec la densification. C’était un peu une manigance électorale de sortir ces choses là. C’est un peu un épouvantail de penser que les gens vont croire ça et c’est ce qui est arrivé: les gens n’y ont pas cru à ça. Et on ne veut pas forcément que la ville grossisse davantage que 30 000 ou 35 000 habitant, on trouve ça confortable et augmenter davantage nous obligerait à revoir nos infrastructures.
Après avoir passé tout ce temps comme élue, en ayant toutes les fonctions que vous avez occupées en plus de mairesse, vous devez avoir davantage de temps avec vos proches désormais?
Non, en fait le plus beau compliment que j’ai eu de certains collaborateurs avec qui j’ai travaillé, c’est qu’ils n’ont jamais compris comment je conciliais l’horaire que j’avais avec ma famille. Avec mes deux grandes filles, on a toujours été très proches, mais c’est sûr qu’elles ont dû être plus publiques que certains autres. Si on veut souper ensemble et qu’il y a une activité, on achète des billets pour quatre personnes et on y va. Les organismes aimaient bien ça: ça faisait plus de billets vendus! Ma famille a été inclue là-dedans tout le temps. C’est sur que ça a fait des enfants plus autonomes, je suis obligée de le dire. Ils ne pouvaient pas attendre après moi. Mais c’était important parce que tu ne peux pas être présidente de l’UMQ si tu ne te souviens pas que tu es mairesse de Sainte-Julie d’abord, et tu ne peux pas être élue pour une ville amie des familles si tu n’es pas capable d’avoir encore ta famille, d’avoir encore des liens.
Maintenant que vous avez quitté la vie politique municipale, de plus en plus de sources disent que vous vous présenterez comme candidate pour la Coalition Avenir Québec aux prochaines élections: est-ce que c‘est ce que vous comptez faire?
Je ne sais pas pourquoi, mais je m’attendais à me faire poser une question comme celle-là! Il y a des gens qui disent beaucoup de choses! Mais honnêtement j’ai reçu plusieurs offres et je veux prendre le temps de les considérer avant de choisir. J’ai aussi besoin de prendre du temps pour me sortir de la politique municipale et pour le moment je m’occupe avec un calendrier d’activités à faire chaque jour.



