Au carrefour de la jeunesse et du travail

Entre étude et travail, il est toujours difficile pour la jeunesse québécoise de faire un choix éclairé. C’est le rôle du Carrefour jeunesse-emploi.
« On est le dernier rempart pour venir en aide aux jeunes dans leur recherche d’emploi. Travailler directement avec eux, personne ne le fait à part nous dans la Vallée-du-Richelieu et à Saint-Bruno. Même s’il y a une entente qui a été signée pour trois ans avec le gouvernement afin de financer notre activité, ce n’est pas suffisant », explique Daniel Vermeersch, directeur général de l’ancienne Corporation Aide et Intégration Jeunesse au Travail de La Vallée-du-Richelieu (AIJT), qui a changé de nom et devient Intégration Compétences. L’AJIT opère ce changement pour souligner ses 30 ans d’existence et « se donner une nouvelle image qui renvoie à la réalisation de chacun à prendre confiance en ses capacités et à s’intégrer en emploi et dans la société », explique la Corporation. C’est aussi une manière de rassembler sous un même nom l’AIJT, le Carrefour jeunesse-emploi de la Vallée-du-Richelieu (CJEVR) et le projet L’Envol, qui s’est ajouté en 2008 pour les populations immigrantes.
En 1995, le CJEVR s’est greffé aux services déjà offerts afin de développer davantage l’employabilité des jeunes de 15 à 35 ans. Il devenait ainsi le deuxième Carrefour au Québec, dans le comté de Borduas. En 1997, un autre a vu le jour dans le comté de Chambly, incluant Saint-Basile et Saint-Bruno, sur les 110 qu’il y a aujourd’hui au Québec.
« La Corporation, une création du gouvernement fédéral, c’était pour aider les jeunes de 16 à 25 ans qui voulaient avoir un emploi et qui n’étaient plus scolarisés. On couvrait à l’époque le territoire de Brossard à Acton Vale. Avec le CJEVR, on a pu recevoir une plus grande clientèle. On a développé une belle expertise en 30 ans en rencontrant plusieurs milliers de jeunes qui ont pu bénéficier de nos services. Cette année, ils sont 900 à être venus juste au CJEVR », indique le directeur général.

« Il faut apprendre à se connaître, et quand on sait où on s’en va, c’est plus intéressant de trouver un emploi. » -Daniel Vermeersch

Le 25 avril, François Blais, ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, et Serge Duclos, président du Réseau des carrefours jeunesse-emploi du Québec, ont renouvelé une entente qui garantit un financement minimal de 45,67 millions de dollars par an pour les trois prochaines années. Cette entente prévoit que les services offerts par les CJE seront orientés vers l’intégration à l’emploi et viseront prioritairement, mais non exclusivement, les jeunes âgés de moins de 35 ans prestataires d’une aide financière de dernier recours, les jeunes prestataires de l’assurance-emploi et les jeunes participant au Programme objectif emploi. « L’entente que nous signons aujourd’hui est une réponse à ceux qui s’inquiétaient de notre capacité à bien répondre aux besoins des jeunes qui seront visés par notre Programme objectif emploi », a précisé le ministre Blais.
Il faut cependant rappeler que le gouvernement avait supprimé, l’an dernier, la subvention de 14 millions aux Forums jeunesse. « Ultimement, on devrait nous transférer la charge de travail des Forums pour considérer les jeunes qui sortent des centres jeunesse ou établir des partenariats avec les écoles. Pour l’instant, il n’y a qu’un projet-pilote qui concerne 25 carrefours, mais pas le nôtre. On est toujours à la recherche de financement. Le gouvernement renouvelle son entente de 45 millions, mais moi, j’ai trois bureaux, les loyers augmentent et si je veux donner des augmentations au personnel, c’est difficile. On veut bien aider les gens, mais on ne peut pas aller plus loin que les moyens qu’on nous donne », regrette M. Vermeersch.
Jeunes et marché du travail
L’AJIT a aussi dû s’adapter à un marché du travail qui a évolué, comme sa main-d’oeuvre. « Les jeunes sont portés à rester plus longtemps à la maison; les employeurs ont tendance à me dire qu’ils ne sont pas assez motivés. C’est une réalité, mais ça ne correspond pas à la majorité. Il y a moins de jeunes qui veulent travailler dans le secteur des services et celui de l’industrie manufacturière, alors qu’il y a un besoin de main-d’oeuvre. Il faut s’ajuster. » Selon le gouvernement, qui a mis à jour sa Politique québécoise de la jeunesse 2030 en avril, une politique qui s’adresse aux jeunes de 15 à 29 ans, plus de 182 000 jeunes n’ont ni emplois ni formation sans être aux études.
« Parfois, un jeune quitte ses études sans trop de perspective. On voit des CV qui ressemblent à un catalogue de chez Canadian Tire avec 12 emplois par année. Il faut apprendre à se connaître, et quand on sait où on s’en va, c’est plus intéressant de trouver un emploi. Nous sommes là pour orienter les jeunes. Il faut venir nous voir, peu importe la situation. Si un jeune arrive en nous disant qu’il cherche un emploi et que cela fait deux jours qu’il n’a pas mangé, là, j’appelle mes travailleurs de rue, puis on va voir où il peut manger, dormir et ensuite, on va travailler ensemble pour lui trouver un emploi », de conclure M. Vermeersch.