Abolition du PEQ : une famille de Saint-Bruno dans l’attente
Le conseil municipal de Saint-Bruno-de-Montarville a donné son appui au Programme de l’expérience québécoise (PEQ) lors de la séance régulière du 17 février.
« Les gens qui sont dans le PEQ, ce ne sont pas n’importe qui. Ce sont des gens triés sur le volet. L’une des raisons pour lesquelles on amène ça, c’est parce que nous avons été interpellés par des citoyens récemment. Une citoyenne, entre autres, son histoire m’a marqué », mentionne le maire, Ludovic Grisé Farand.
La situation d’une famille
Le journal a parlé avec cette citoyenne dont le maire a brièvement évoqué la situation. Elle a apprécié le geste du conseil municipal et souligne que ce soutien fait chaud au coeur. « Je suis arrivée avec ma famille. Donc, mon mari et mes deux enfants, le 1er janvier 2024. Nous travaillons tous les deux dans le secteur des assurances », confie Victoria Lecompte.
Elle travaille pour une compagnie d’assurance mondiale qui a des bureaux au Canada. L’entreprise recherchait quelqu’un de qualifié en assurance avec expérience professionnelle dans le secteur des grandes multinationales. « Mais surtout un souscripteur francophone pour l’entreprise dont le siège social est implanté au Québec », précise-t-elle.
Il y a eu des discussions pendant six mois. Les démarches ont été entamées en septembre 2022 afin d’obtenir des papiers d’immigration au cours de l’année 2023. « Ça prend toujours beaucoup de temps. Donc, je suis arrivée dans le cadre d’un permis de travail fermé de trois ans. Je suis liée à mon employeur. Je ne peux pas changer », explique Mme Lecompte. De son côté, son mari a eu la possibilité d’obtenir un permis de travail ouvert avec un autre employeur.
En janvier 2026, après deux ans d’expérience au Québec, Mme Lecompte aurait pu demander à obtenir sa résidence permanente. « Mais bon, le PEQ a été suspendu en juin et supprimé en novembre. Aujourd’hui, la seule voie d’accès à la résidence permanente, c’est le Programme de sélection des travailleurs qualifiés, un système de sélection sur base de points selon plusieurs critères, dont la langue française, l’âge, les diplômes… », énumère-t-elle.
Pour diverses raisons, dont l’âge et leurs diplômes obtenus en France plutôt qu’au Québec, son mari et elle n’ont pas obtenu suffisamment de points. Leurs permis expirent en décembre.
Quand on lui demande ce qu’elle pense de l’abolition du PEQ, la Montarvilloise répond que « c’est du gros n’importe quoi ». Elle précise. « Des décisions politiques qui n’ont pas été réfléchies. Je comprends qu’il doit y avoir des règles en termes d’immigration. Il faut une vraie politique migratoire. Mais de dire que ces gens sont des profiteurs et qu’ils sont la cause des maux sur le logement, les infrastructures, la santé, non. » Selon elle, les chiffres du ministre Roberge n’ont pas de sens. « Quand on l’entend, on a l’impression qu’il ne sait pas de quoi il parle. »
Une famille bien implantée
La famille est intégrée à Saint-Bruno. Elle a récemment gagné le concours Ma ville en couleur. Les deux conjoints travaillent et parlent français. Leurs enfants vont à l’école. La plus jeune est en 4e année au primaire et la plus âgée, en première secondaire. « Les débuts ont été difficiles. Nous sommes arrivés en plein milieu d’année scolaire. Changement de pays, de culture. Nous avons quitté la famille, les amis. En France, nous avions une très bonne situation avec mon mari. Il avait sa propre agence d’assurance. Nous avions fait construire une maison », relate la maman.
Avec cette perspective au Québec, ils avaient décidé de faire découvrir autre chose à leurs gamins. Victoria Lecompte évoque un projet de vie. Ils ont tout vendu, l’entreprise et la maison. « Si l’on m’avait dit »Tu viens, mais que pour trois ans », le projet aurait été pensé différemment », déplore-t-elle.
Depuis l’abolition du PEQ, l’ambiance est difficile. Les parents sont anxieux. « Les enfants ne savent pas. Nous souhaitons éviter, surtout auprès de la plus grande, qui a eu des difficultés les premiers mois. Aujourd’hui, elle est pleinement épanouie à son école. Si demain, je dois lui dire »On s’en va, on redéménage », ça lui créera beaucoup d’anxiété et de stress. C’est une jeune fille de 13 ans très sensible. Pour la plus jeune aussi. Ç’a été difficile de quitter ses très bonnes amies, qu’elle connaissait depuis la maternelle. Pour le moment, elles ne savent pas. Nous le leur dirons, surtout s’il y a un article dans le journal. Il faudra prendre les devants. »
En attendant, le soutien des villes et des médias fait du bien, reconnaît-elle. Selon elle, il y a de l’espoir avec Christine Fréchette dans la course à la chefferie de la CAQ. « Nous attendons avril avec impatience. Nous croisons les doigts. »
Des appuis
Les appuis au PEQ s’accumulent. Le 19 février, la Communauté métropolitaine de Montréal et la Communauté métropolitaine de Québec adoptaient une résolution commune pour réclamer une clause de droits acquis. La semaine dernière, le Mouvement Desjardins ajoutait sa voix à la levée de boucliers.
Avec cette résolution, Saint-Bruno rejoint les rangs et demande à Québec de revoir sa décision. Les élus demandent l’instauration d’une clause de droits acquis. « Les candidats de la CAQ ont dit qu’ils le garderaient, mais nous l’amenons quand même par respect pour nos citoyens. Ces gens travaillent fort, des résidents de notre communauté qui vont peut-être devoir retourner dans leur pays pour du patentage bureaucratique. C’est vraiment dommage », commente Ludovic Grisé Farand.
