À hauteur d’enfants
En immersion…
Une journée passée dans un CPE permet de constater que les éducatrices sont là pour une seule raison : l’amour des enfants.
Le CPE Les Mousses du Mont (installation La Brise) a ouvert ses portes au journal au mois de janvier. Une visite qui s’est déroulée parmi des enfants âgés de 1 à 4 ans et des éducatrices passionnées de leur profession. À l’intérieur, des messages colorés destinés aux parents, concernant les activités à venir, les cas de maladies qui courent chez certains enfants, ou encore les thématiques qui seront abordées prochainement, sont accrochés sur les murs. La directrice de l’installation, Sonia, est installée à son bureau. La porte est ouverte et celle-ci accueille le journal avec le sourire. Entourée de 10 éducatrices formées, Sonia est fière de dire que La Brise compte plus de 200 ans d’expérience dans le domaine grâce à son personnel. Le CPE est constamment en formation continue et adopte l’approche intégrée Reggio Emilia. Grâce à un soutien financier, le CPE accueille aussi des enfants aux besoins particuliers (troubles du langage, dysphasie, difficultés sensorielles…). Ceux-ci sont suivis par Véronique, celle à qui les éducatrices lèvent leur chapeau.
Les Souris, les poupons
Dans le local de la pouponnière, les bébés babillent, jouent, grimpent sur les tables et mordent dans les jouets. Deux fois par jour, ils font une sieste de 30 à 60 minutes. Lorsqu’ils s’amusent à marcher sur une petite poutre pour pratiquer leur équilibre, deux d’entre eux acceptent l’aide que l’auteur de ces lignes tente de leur apporter. Les autres restent en retrait.
Lucie est éducatrice depuis 33 ans. Elle a commencé dans le métier en compagnie de sa mère, Marie-Claire Raboin, une pionnière dans le domaine, puisqu’elle a inauguré la Garderie Saint-Bruno, en 1975. « J’allais la voir à son travail. À 16 ans, je m’occupais des fins de journée », mentionne Lucie pendant qu’elle change la couche de l’un des neuf bébés présents cette journée-là. Un dixième est absent pour cause de maladie. « J’ai travaillé avec tous les groupes d’âge, mais c’est à la pouponnière que j’ai le plus de facilité et davantage d’affinités auprès des petits. Je suis plus maternelle et premiers soins, alors qu’avec les autres, il faut être dans l’action et les règlements. C’est une patience différente. »
Au total, Lucie et ses collègues de pouponnière, Claudine et Lyne, changent de 30 à 40 couches par jour. Avec 10 bébés dans le local bien éclairé, les trois éducatrices se relaient durant la journée. Par contre, il y en a constamment deux sur place afin de respecter le ratio 1/5 poupons. Le plus jeune, Édouard, a moins d’un an. Les autres sont âgés de 12 à 18 mois. Cette année, les éducatrices vivent une année de grâce : il n’y a aucun cas d’allergie dans leur groupe.
Le hasard a amené Claudine à pratiquer le métier. « J’accompagnais une amie qui s’en allait en éducation spécialisée. Je suis tombée en amour avec les titres des cours. Lorsque j’ai mis le pied dans une garderie, j’ai su que c’était ce que je voulais faire. Un enfant, c’est joyeux, naïf, simple. Un jour, j’ai fait un stage à la pouponnière, et je n’en suis jamais ressortie. Ça fait 25 ans », explique Claudine, qui parle de moments privilégiés passés avec les bébés.
Pour Lyne, c’est une journée de remplacement qui lui a ensuite permis de s’établir dans l’installation La Brise. Elle compte maintenant 10 ans d’expérience. « L’amour des enfants. J’aime être en leur compagnie. Ils sont naturels et vrais. Contribuer au développement de chacun, c’est un privilège », souligne-t-elle, pendant qu’elle remplit des bols de soupe et tartine des tranches de pain pour l’heure du dîner.
Une chose dont les filles du CPE n’avaient pas à s’occuper il y a quelques mois, puisqu’elles avaient la chance d’avoir des cuisiniers sur place. Aujourd’hui, en raison des coupes du gouvernement, La Brise a plutôt engagé un traiteur. La nourriture est sur place tôt le matin, mais c’est aux éducatrices de préparer les assiettes des enfants et de trouver un moment, dans la journée, pour laver cette vaisselle. « Ça vient diminuer l’efficacité des éducatrices. Le rendement n’est pas le même. Le temps qu’on met pour ces nouvelles responsabilités, on ne le donne pas aux enfants », note Lucie. De son côté, Claudine pense aux étudiantes sur les bancs d’école. « Elles n’auront pas connu les belles années d’épanouissement avec les enfants. Au lieu de passer du temps de qualité avec eux, il y a maintenant tous ces à-côtés dont il faut s’occuper. »
Les Féériques, 4 ans
Lorsque le journal met les pieds dans le local des quatre ans, 17 enfants (ratio 1/10) sont en mode sieste de l’après-midi. Ceux-ci sont couchés sur des matelas installés sur le sol à travers le grand local. Emmitouflés dans une doudou, un nounours, une princesse ou un quelconque toutou dans les bras, les enfants cherchent le sommeil. Assises par terre, deux éducatrices flattent les cheveux de ceux qui sont étendus près d’elle. Une histoire lue est diffusée sur lecteur CD. Juste devant, couchée par terre, une petite fille a le doigt dans le nez. Plus loin, un garçon turbulent donne des coups de pied dans le mur au lieu d’écouter les paroles de l’histoire. Quelques minutes plus tard, un deuxième regard vers la petite fille permet de constater qu’elle a maintenant le doigt dans la bouche… « J’exerce le seul métier où tu te fais accueillir avec un câlin. L’enfant est toujours content de te voir. C’est agréable », admet Nadine, qui compte 20 ans d’expérience. « J’avais des habiletés avec les enfants, je ne m’en rendais même pas compte. Ce sont les gens de mon entourage qui me l’ont fait savoir. »
Les Moussaillons, 3 ans
La visite dans le local des Moussaillons coïncide avec le moment de la collation de l’après-midi. Les 16 enfants (ratio 1/8) viennent de se réveiller de leur sieste et, assis autour de deux tables, ils mangent légumes avec trempette, pain pita et fromage à tartiner. Ils sont polis, enjoués, reposés, mais ce n’est que le calme avant la tempête, où ils se disperseront dans le coin cuisine, ou encore dans le coin peinture. Certains feront des acrobaties sur des matelas. « Je suis ici pour l’amour des petits. Plus jeune, je m’occupais des enfants. Je suis donc devenue éducatrice et depuis, je n’ai jamais connu un métier où j’étais aussi bien. C’est facile de rendre un enfant heureux », déclare Sylvie, entourée de deux enfants qui la retiennent, alors que sa journée vient de se terminer : « Je veux regarder des photos! » et « Je veux une histoire! ». La femme, qui compte 27 ans de métier, acquiesce aux demandes des deux Moussaillons. Éducatrice depuis sept ans, Andréa croit que c’est inhumain, les coupes du gouvernement, puisqu’elles changent la qualité des services et du temps consacré aux enfants. Andréa a commencé le métier en compagnie de sa mère en milieu familial. Aujourd’hui, comme plusieurs des éducatrices de La Brise, elle possède une technique d’éducation à l’enfance. « J’ai toujours été avec les enfants et je n’ai jamais remis cette carrière en question. Ailleurs, je pourrais gagner un meilleur salaire, mais je sais que je ne serais pas heureuse. »
Les Touche-à-Tout, 2 ans
Un dernier groupe, dont la visite coïncide avec l’arrivé de certains parents. Il est 16 h 30 et il ne reste plus beaucoup d’enfants (ratio 1/7). Ceux qui sont encore là dansent et se déguisent en portant des chapeaux. Mais les Touche-à-Tout o
nt aussi un intérêt pour les blocs, les ballons, les courtes histoires animées, les voitures et les jeux qui mettent en pratique leur motricité. « Ça m’apporte une fierté de les voir grandir, de savoir que j’ai été une personne significative pour eux et que je suis appréciée pour ce que je fais », explique Vanessa en consolant un enfant qui s’est blessé lors d’une chute. Elle est la plus jeune des éducatrices de La Brise. Pour l’accompagner, Ève, qui s’adonne à ce métier depuis 26 ans. Selon elle, une éducatrice n’exerce pas son travail pour l’argent, mais pour les enfants. « Ils s’émerveillent avec pas grand-chose. Ils sont spontanés et merveilleux. Avec les deux ans, il y a beaucoup de maternage à faire parce qu’ils ont encore besoin de nous. »
Coupes
« Personnellement, je trouve ça triste et dégradant. C’est insécurisant pour les éducatrices, qui se donnent cœur et âme pour le bien des petits. Ce n’est pas facile pour leur moral. Notre rôle, à la direction, c’est de les soutenir et de les informer des pourparlers », laisse savoir la directrice Sonia.
QUESTION AUX LECTEURS :
Que pensez-vous des coupes effectuées en CPE par le gouvernement du Québec?


