13ème féminicide au Québec: le centre de femmes Entre Ailes peut aider

Le centre de femmes Entre Ailes, situé à Sainte-Julie, est endeuillé après que le douzième féminicide au Québec cette année se soit déroulé sur son territoire, à Contrecœur.

Depuis le début de 2021, treize femmes ont été tuées par un conjoint ou un ex-conjoint violent dans la province, ce qui fait qu’il y a eu l’équivalent du nombre de féminicides moyen d’une année entière en seulement six mois à travers le Québec. 

Dans la nuit du  14 au 15 juin, le corps sans vie de Nathalie Piché a été retrouvé dans son appartement de Limoilou, dans la région de Québec. Elle aurait été tuée par Noureddine Mimouni, qui l’a fréquentée et lui aurait fait vivre de la violence conjugale. Une semaine auparavant, c’était Lisette Corbeil, à Contrecoeur, qui se faisait tuer par son ex-mari, qui s’est ensuite enlevé la vie. Ce dernier faisait également subir de la violence conjugale à sa victime.

Cette situation, le centre de femmes Entre Ailes la voit chaque jour chez celles qui bénéficient des ressources de l’organisme. « Dès la fin mars, on disait qu’il y avait plus de féminicides que la moyenne des dernières années », dit la coordinatrice du centre de femmes Entre Ailes, Sylvie Riendeau Langlais. Depuis, il y a eu 4 autres meurtres de ce type, en comptant celui de Lisette Corbeil le 8 juin dernier à Contrecœur et celui de Nathalie Piché le 14 juin.

La coordinatrice du centre julievillois estime que depuis le début de la crise sanitaire, « l’impact est beaucoup plus important pour les femmes et les enfants qui sont victimes de violence conjugale. C’est exacerbé en temps de pandémie. »

Pire sans confinement pour certaines

Cependant, alors que l’on pourrait croire que la fréquence des événements des derniers mois risque de diminuer avec l’intensité de la pandémie qui est elle-même en diminution, la réduction des mesures ne rassure pas Mme Riendeau Langlais. « En fait je vous dirais que nous sommes inquiètes au contraire. Pouvoir retrouver un peu de cette liberté peut avoir l’effet inverse, en ce sens où les conjoints vont être encore plus vigilants par rapport au contrôle exercé, qui devra être plus grand. » 

La situation serait même plus grave pour les femmes qui sont dans une situation où le contrôle est installé et pour qui la pandémie a aidé à le maintenir. La coordinatrice explique que « le fait qu’on retrouve un peu plus de latitude, de pouvoir être dans la société, à l’extérieur de notre domicile, ça peut avoir l’effet contraire au niveau de la violence conjugale. » Ainsi, les conjoints violents tenteraient par des moyens plus grands de reprendre le contrôle, ce qui mène parfois à des situations tragiques. 

« Le fait qu’on retrouve un peu plus de latitude, de pouvoir être dans la société, à l’extérieur de notre domicile, ça peut avoir l’effet contraire au niveau de la violence conjugale. »

-Sylvie Riendeau Langlais

Chercher de l’aide

Le centre de femmes de Sainte-Julie espère que les femmes qui vivent des situations de violence conjugale à la maison vont tenter de le contacter pour obtenir de l’aide en cas de danger ou d’incertitude. « On invite les femmes et la population en général qui sont témoins ou victimes de violence conjugale à nous contacter. On peut donner de la formation, de l’accompagnement. Les femmes qui se posent des questions peuvent appeler ou se présenter au centre. C’est confidentiel et elles n’ont pas besoin de rendez-vous pour venir au centre », dit Sylvie Riendeau Langlais. 

Ajuster le service au contexte

Rejoindre les femmes qui vivent des situations difficiles a été plus difficile durant la pandémie, ce qui a fait en sorte que les centres de femmes ont dû adapter leurs services. À Sainte-Julie, les intervenantes ont eu davantage d’appels de femmes victimes de violence conjugale. 

Elles ont fait des ajustements pour faire des contacts, des retours d’appels, des réponses aux demandes d’information. Pour la coordinatrice, la ressource se devait d’être présente aussi souvent que possible. « Comme nous ne sommes pas une ressource ouverte 24/7, nous nous sommes mobilisées en-dehors des heures habituelles. »

Logement problématique

L’une des raisons pour lesquelles les femmes vivant de la violence conjugale choisissent de ne pas fuir serait le fait qu’elles n’ont pas, la plupart du temps, accès à des endroit où se loger après avoir fui. Comme les conjoints violents sont souvent ceux qui ont possession du logis, les conjointes s’empêchent de fuir pour être certaines de ne pas avoir à chercher de logement.  Dans la période actuelle, le prix élevé pour se loger dans la région ne ferait qu’aggraver la situation. 

Ressources d’aide

Les victimes de violence conjugale ou les personnes qui en sont témoins sont invitées à contacter la ligne SOSViolence conjugale au 1-800-363-9010. Cette ressource permet entre autres de donner des renseignements sur la maison d’hébergement la plus proche. Si vous craignez pour votre vie, composez le 911.