100 ans de la CSN: Portrait d’Yves Lessard, syndicaliste
La Confédération des syndicats nationaux (CSN) célèbre cette année ses 100 ans d’existence. Portrait d’un acteur qui y a joué un rôle important durant plus de 30 ans: Yves Lessard.
Avant de se lancer en politique, le Grandbasilois, qui est désormais maire sortant de Saint-Basile-le-Grand, a fait sa carrière à la CSN.
M. Lessard est originaire de la Côte-Nord et a travaillé durant 12 ans, à partir de 1957, à l’hôpital de Val-d’Or. Il y a été cuisinier, puis magasinier. « À l’époque, les hôpitaux étaient dirigés par des communautés religieuses et les employés n’étaient syndiqués que dans certains établissements de Québec ou Montréal. » En 1963, la situation a cependant changé pour l’hôpital où était employé l’homme:le personnel a choisi de se syndiquer. Cela l’a poussé à être d’abord trésorier, puis président du syndicat, qui était affilié à la CSN.

Après s’être impliqué dans la syndicalisation de plusieurs hôpitaux de la Côte-Nord, Lessard est recruté en 1969 pour travailler au sein de la CSN à Sherbrooke, en tant que conseiller syndical. « J’ai reçu une formation d’organisateur et de négociateur une fois que la CSN est venue me chercher. »
Puis, de 1982 à 1987, il devient président de la Fédération des affaires sociales de la CSN, regroupement qui porte aujourd’hui le nom de Fédération de la santé et des services sociaux. Il doit négocier avec des politiciens tels que René Lévesque, Jacques Parizeau ou Bernard Landry durant ces années. « Le regroupement comptait 96 000 membres et j’avais 121 employés à ma charge. C’était un emploi qui prenait beaucoup d’énergie et était assez demandant. »

Parmi les situations demandantes au niveau des négociations durant cette période, il y a notamment l’épisode des décrets. En 1982, le premier ministre du Québec, René Lévesque, prend la décision de régler toutes les conventions collectives des 325 000 travailleurs de l’État par décrets. Ce choix est fait à une époque où les dépenses gouvernementales doivent être réduites, alors que le monde fait face à une crise économique qui réduit les moyens des gouvernements pour investir dans les services publics. Le taux de chômage dans la province se trouvait alors près des 15%. « Cette mesure avait comme impact de couper les salaires de certains employés jusqu’à 20% », dit Yves Lessard. Ce dernier a recommencé à négocier des conventions collectives avec l’État en 1986, année où prenaient fin des conventions imposées par décret.
En 1987, le négociateur syndical a donc pris trois mois de repos avant de se lancer dans un autre défi au sein de son organisation:négocier les conventions collectives des employés du transport en commun, notamment pour les sociétés de transport de Montréal et de Laval.
Par la suite, M. Lessard indique qu’il a commencé à songer à prendre sa retraite dès 1993. Le syndicat le faisait alors travailler à titre de formateur pour les négociateurs, officiers et conseillers en devenir, poste qu’il a occupé jusqu’en 1998, année où il a véritablement pris sa retraite. « J’ai quitté en avril 1998, mais on m’a rappelé en août 1998 et j’ai fait un retour à la formation jusqu’en 2004 sous contrats. » La Confédération l’a également rappelé à quelques reprises à travers les années pour avoir des conseils sur la façon d’intervenir dans des dossiers complexes de négociation avec l’État.
Questionné à savoir quelle lutte il souhaiterait mener s’il était toujours dans le monde syndical, M. Lessard dit observer ce qui se déroule dans le domaine qui fût son champ d’expertise – la santé- et se désoler de voir où en sont rendues les choses.
S’il était en poste aujourd’hui, M. Lessard indique qu’il souhaiterait mettre en place des mesures qui permettraient aux employés des établissements du réseau de la santé de prendre des décisions par eux-mêmes, au niveau local. « L’assemblée nationale a centralisé la direction des centres de santé. On a donc retiré ceux qui connaissaient par cœur leurs établissements de santé de leurs postes. Ils ont été remplacés par des gestionnaires qui ne connaissent pas les particularités de chaque centre et font des choix pour tous. Au final, si je suis sur la Côte-Nord, le gestionnaire du CISSS peut prendre une décision à 500km pour des employés qui connaissent leur terrain et leur environnement de travail alors que lui ne le connait pas forcément, ce qui est insultant pour les travailleurs, qui sont les vrais experts. »
Lessard est d’ailleurs critique envers les syndicats en lien avec la situation dans le réseau de la santé. Il estime qu’ils ont une part de responsabilité. « Les syndicats auraient dû intervenir. J’ai l’impression qu’ils n’assument plus autant leur rôle social et n’osent plus être engagés pour faire évoluer la société. Quand un syndicat n’ose plus, il perd 50% de son utilité. » À son avis, les organisations comme la CSN doivent continuer à être engagées à faire évoluer la société pour que les citoyens et travailleurs n’aient pas à questionner leur utilité, chose qui se fait de plus en plus dans la société actuelle.



