Démission du directeur général à Saint-Bruno : à qui sert la désinformation?

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Par Frédéric Khalkhal
Démission du directeur général à Saint-Bruno : à qui sert la désinformation?
Alain Dubois, propriétaire et rédacteur du blog (Photo : archives)

Sylvain Brouillette, directeur général démissionnaire à Saint-Bruno, a fait le lien entre les élus du Parti montarvillois et un blog qui l’accusait de diverses choses. La majorité des élus accusent de la même manière les élus du Parti montarvillois de tenter de manipuler l’information à travers ce blog. Les élus du Parti montarvillois nient tout.

« Le Montarvillois à la solde du Parti montarvillois… une autre tempête dans un verre d’eau. » Voilà comment titrait le blog d’Alain Dubois, propriétaire et rédacteur de cette publication à Saint-Bruno-de-Montarville, qu’il définit plutôt comme « un journal hyperlocal ».

Depuis plusieurs semaines, ce dernier multiplie les attaques contre le directeur général (DG) démissionnaire de Saint-Bruno, Sylvain Brouillette. Il est possible d’y lire qu’« on ne dirige pas une ville comme on le ferait au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). M. Brouillette n’est pas le shérif politique de Saint-Bruno, mais son directeur général », et ceci à la suite d’une divulgation déposée par le DG à la Commission municipale du Québec (CMQ) contre l’élue du Parti montarvillois, Isabelle Bérubé, dans le district 5. Des images en uniforme de M. Brouillette, au temps où il travaillait au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), illustrent les propos.

Désinformation

M. Dubois indique aussi que pendant que M. Brouillette était en poste au SPVM « l’état-major était aux prises depuis plus d’une dizaine d’années avec de graves problèmes de gouvernance et de luttes de pouvoir fratricide. La situation était à ce point difficile que le bon fonctionnement de ce grand service de police en était affecté. Pour régler cette crise, le gouvernement du Québec a dû, quasiment, mettre le SPVM en tutelle (2017) ». Dans les faits, M. Brouillette a cessé ses activités au SPVM en 2013 pour être directeur de la sûreté aéroportuaire à l’Aéroport de Montréal jusqu’en 2018.

M. Dubois précise que « plusieurs citoyen(ne)s et élu(e)s m’ont accusé de banaliser le geste posé par la conseillère Bérubé et d’avoir un parti pris en faveur de celle-ci et du Parti montarvillois. Or, ces critiques ont cessé lorsque le journal Les Versants a publié un article qui citait une spécialiste du monde municipal, qui exprimait sensiblement les mêmes propos que moi ». Dans le même article, il était possible de lire que la Commission municipale du Québec (CMQ), l’organe qui a été saisi, indiquait quant à elle qu’un directeur général avait tout à fait le droit de la saisir. M. Dubois ajoute : « Sylvain Brouillette, qui en est à sa première expérience comme DG d’une municipalité, aurait pu évoquer son inexpérience dans la fonction » pour se rétracter.

Une autre indication formulée par M. Dubois souligne que le directeur général avait pris « l’initiative de retirer Le Montarvillois de la revue de presse de la ville, mais ce qu’il ne dit pas et que j’ai appris, c’est que cette décision de sa part fait suite à la publication de ma première chronique le concernant ». Contrairement aux propos de M. Dubois, la direction des communications de la Ville nous indique que ce n’est pas l’initiative du directeur général, mais du conseil municipal.

Des élus majoritaires

La majorité des élus du conseil municipal, opposés au Parti montarvillois à l’exception des élus de ce dernier, indiquent qu’il y a des liens à faire entre les élus du Parti montarvillois et M. Dubois. Joël Boucher, conseiller indépendant dans le district 8, va même jusqu’à dire que ce blog « est la Pravda » des membres de ce parti.

M. Dubois reconnaît dans une de ses publications qu’un rapprochement s’était fait en 2016 entre des membres de ce parti à l’époque « sur la création d’un journal indépendant à Saint-Bruno. Je présume que l’on m’avait approché à cause de ma présence dans les médias sociaux et mes critiques envers Les Versants. Ceux-ci voulaient me mettre en contact avec un homme d’affaires qui était intéressé par ce type de projet et qui était mécontent de la couverture médiatique de ce journal. Cette offre était réellement intéressante, et ce, d’autant que l’éventuelle rédaction de ce nouveau journal disposerait d’une indépendance totale. Cette expérience n’a non seulement pas abouti, mais elle a été pour moi la source de nombreuses frustrations ». M. Dubois explique que les tractations ont duré six mois.

Outre la liberté des propos de M. Dubois dans ses publications, la question qui se pose est celle de la volonté de plusieurs élus du Parti montarvillois de tenter d’aider ou pas une publication à voir le jour, un an avant les élections municipales de 2017.

« Des membres du parti ont eu des discussions il y a plusieurs années pour envisager la production d’un outil de communication, mais cette idée n’a pas connu de suite. » – Isabelle Bérubé

Un soutien affiché

En 2017, M. Dubois, dans l’une de ses publications, affichait clairement son soutien au Parti montarvillois et au maire Martin Murray dans sa course à la mairie. « Le bilan de ces quatre années au pouvoir du Parti montarvillois est très impressionnant, et c’est sans hésitation que je donne mon appui à ce parti et à son candidat à la mairie, Martin Murray. »

Pourtant, M. Dubois indique dernièrement sur son blog que « prétendre que le journal est à la solde du Parti montarvillois est une réelle diffamation. Cette accusation ne tient pas la route… Lors du premier mandat du maire Murray et du Parti montarvillois, je n’ai pas ménagé les critiques, et ce, avec le ton pamphlétaire qu’on me connaît, à l’endroit de plusieurs décisions du maire et de son parti ».

Contactés par le journal concernant la volonté de certains élus du Parti montarvillois d’aider une personne à mettre en place un média, comme l’indique dans sa publication M. Dubois, les trois élus actuels du Parti montarvillois ne nient pas l’initiative de certains de leurs membres en indiquant cependant que le Parti montarvillois n’a jamais été impliqué. « Le parti n’a jamais travaillé pour aider M. Dubois à avoir du financement. Jacques Bédard (alors conseiller du district 7 pour le Parti montarvillois et maintenant élu indépendant) a eu des discussions avec Alain Dubois. Jacques m’a invité par courriel à participer à une rencontre pour mettre en lien les deux personnes et cette rencontre n’a jamais eu lieu. Je n’ai jamais par la suite été mêlé, ni de près ni de loin, à la création d’un journal, d’un média ou du journal hyperlocal de Saint-Bruno-de-Montarville Le Montarvillois », indique Vincent Fortier, conseiller du district 2 et président du Parti montarvillois en 2016 dans un courriel. Contacté par le journal, il préférera parler du soutien de M. Dubois comme étant « un blog ».

Isabelle Bérubé, conseillère du district 5 du Parti montarvillois, reconnaît aussi qu’il y a eu des discussions, mais qu’elles ne sont pas allées plus loin. « Des membres du parti ont eu des discussions, il y a plusieurs années, pour envisager la production d’un outil de communication, mais cette idée n’a pas connu de suite. » Mme Bérubé n’a cependant pas indiqué si elle en faisait partie ou pas.

Pour Martin Murray « Le seul courriel qu’on a, c’est un courriel de M. Bédard. Moi, je n’ai jamais été là-dedans. M. Dubois, il est totalement libre d’écrire ce qu’il veut. Il n’y a aucune contribution financière de quelque nature que ce soit. Je ne vous dis pas qu’il n’y a pas de nos sympathisants ou de nos membres qui ne donnent pas 5 $ par mois, moi, je ne sais pas. Du parti, ni moi, ni aucun des conseillers n’y avons participé. »

Exclu de la Ville

Actuellement, l’ensemble des élus indépendants du conseil municipal ne répond plus aux sollicitations de M. Dubois, qu’il considère trop partisanes. Il n’y a que le conseiller du district 4, Ludovic Grisé Farand, qui y répond, mais sans grands espoirs. « Le salissage (envers M. Brouillette) s’est accentué depuis que le DG a déposé une plainte à la CMQ contre la conseillère Isabelle Bérubé du Parti montarvillois. Je suis moi-même victime d’un acharnement constant de ce blog depuis la défaite du Parti montarvillois dans le district 4 lors de la dernière élection partielle. Tout ceci contribue à rendre toxique le climat politique à Saint-Bruno. »

Nous avons invité M. Dubois à nous appeler. Ce dernier a refusé, voulant que les questions lui soient envoyées par courriel, une manière de faire contraire à nos pratiques. Il exigeait d’autre part que la totalité de ses réponses soit diffusée. Avant la publication de notre article, M. Dubois ne nous avait pas contactés.

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