La délivrance de Mélissa Perron

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Par Frank Rodi
La délivrance de Mélissa Perron
L’auteure Mélissa Perron. (Photo : courtoisie)

L’auteure Mélissa Perron propose un nouveau roman, Belle comme le fleuve, la suite de Promets-moi un printemps, publiée chez Hurtubise. Après la dépression, la Montarvilloise explore cette fois l’autisme au féminin.

La lecture de Belle comme le fleuve fait du bien. D’abord grâce à son personnage de Fabienne, lumineuse, drôle, charmante, colorée. Puis par ses descriptions et ses paysages faciles à s’imaginer. Fabienne demeure encore dans son phare, au pied de la montagne, mais sa mère décédée lui lègue un duplex à Saint-Auguste-sur-Mer, aux abords du fleuve. La romancière donne envie d’aller s’installer sur le bord de l’eau. Enfin, on ressent un grand sentiment de bien-être à la lecture de ce livre pour ses dialogues savoureux et toutes ces scènes où Fabienne se démarque.

Après seulement trois semaines sur les tablettes, le roman Belle comme le fleuve semble avoir changer la vie de plusieurs lectrices. L’auteure reçoit des messages de remerciement, des témoignages, des histoires de femmes qui sont allées chercher un diagnostic d’autisme sur le tard à la suite de cette lecture, « des messages extraordinaires qui changent une vie ».

« C’est un sujet qui me tient à cœur. Un sujet dont on ne parle pas et qu’il faut absolument mettre en lumière. Le thème des femmes autistes, je savais que je devais en parler, mais je ne me doutais pas à quel point ça allait changer la vie des femmes », amorce Mélissa Perron, en entrevue Zoom avec Les Versants.

La Montarvilloise croit que c’est un thème qu’il faut aborder parce que le sujet est encore tabou. Elle évoque son parcours de combattante avant de recevoir son diagnostic, il y a quelques années. « Je ne peux pas croire qu’il y a en 2021 des jeunes filles, des jeunes femmes, des adolescentes qui vont passer par là encore. Nous connaissons tous une personne autiste. Mais quand nous parlons de femmes diagnostiquées sur le tard, nous n’en connaissons pas beaucoup. Pourtant, il y en a énormément », explique-t-elle.

Selon celle qui a reçu un diagnostic d’autisme Asperger, à l’âge de 38 ans, beaucoup ne le savent pas. « Ces femmes souffrent en silence. Elles sont en dépression pour de l’anxiété et pensent qu’il s’agit de leur pathologie n° 1. Pourtant, ce sont des comorbidités de l’autisme. »

Dans une lettre publiée dans La Presse le 1er août dernier, Mélissa Perrron déclare : « Le 22 juin 2018 […] à 38 ans, j’apprenais enfin que je n’étais pas folle : j’étais une femme autiste à haut niveau de fonctionnement, ou Asperger. Ma quête était terminée, je pouvais enfin me poser et, pour la première fois, vivre. »

« Le thème des femmes autistes, je savais que je devais en parler, mais je ne me doutais pas à quel point ça allait changer la vie des femmes. » -Mélissa Perron

Ce diagnostic lui a permis d’avancer. De se laisser aller. De se faire confiance. Elle n’aurait pas pu devenir écrivaine sans connaître sa situation, partage-t-elle parce qu’elle était « en perpétuelle recherche ». Aujourd’hui, avec la publication de Belle comme le fleuve, l’objectif de Mélissa est qu’une lectrice se reconnaisse en Fabienne, qu’une autre fasse des liens avec l’anxiété de sa fille, ou encore qu’un lecteur reconnaisse en Fabienne sa propre conjointe dépressive.

Pour Mélissa Perron, c’est sa jeune fille de 7 ans qui a reçu un diagnostic semblable. « Pour le diagnostic de ma petite, j’étais heureuse pour elle qu’elle le sache aussi tôt dans sa vie. Nous allons pouvoir bien l’accompagner. En étant autiste moi aussi, je peux la comprendre dans tout ce qu’elle vit. »

Quand on lui demande ce que ce diagnostic d’Asperger a changé pour elle, l’artiste évoque que ça transforme une vie au complet. Parce que la vie, elle, se poursuit. « Je suis une entrepreneure, je suis une maman, mais vu que l’autisme était là et que je ne le savais pas, il y avait toujours un fond de détresse. Parce que tu le sais que tu es différente. Toi, tu t’en rends compte. Tu camoufles avec les autres, parce que c’est comme ça que tu peux survivre. » Le verbe, « survivre », n’est pas fort insiste-t-elle, parce que « c’est vraiment ça ». Elle poursuit : « C’est ainsi que tu peux survivre en société, en te camouflant. Quand tu vas chercher ton diagnostic, et que quelqu’un valide, « tu es dans ta normalité, tu n’es pas folle, tu es autiste », c’est extraordinaire. Un passeport pour une nouvelle vie. Tu rattrapes les années perdues. »

Elle termine son courrier dans La Presse ainsi : « Mon roman qui sortira à l’automne a pour sujet l’autisme au féminin. Je l’ai écrit pour toutes les petites filles, les adolescentes et les femmes qui savent depuis toujours qu’elles sont différentes. »

D’ailleurs, c’est à la suite de ce diagnostic, reçu en 2018, qu’enfin libérée, la mère de famille s’est mise à couchée sur le papier son premier roman, Promets-moi un printemps. Pourtant, elle rêvait d’écrire.

À la fin de l’entrevue, elle n’hésite pas à dire qu’elle se sent plus à l’aise en tant qu’écrivaine qu’en tant qu’artiste. Pourtant, Mélissa Perron peint la porcelaine depuis plus d’une décennie sous le nom de Rizada. C’est son gagne-pain. « J’ignore pourquoi, mais c’est le cas. Je suis à l’aise, je ne me sens pas imposteure quand j’écris », de conclure Mélissa Perron.

QUESTION AUX LECTEURS :
Que pensez-vous du témoignage de Mélissa Perron?

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Sarah-Kathryn
Sarah-Kathryn
16 jours

Félicitations! Je suis fière que tu sois l’une d’entre nous.

Merci de nous représenter.