Projet de logements abordables au 91 de la Rabastalière: la locataire désapprouve

Par Gabriel Provost
Projet de logements abordables au 91 de la Rabastalière: la locataire désapprouve
Beatriz Luna déplore notamment le fait que seulement 6 arbres sur 30 puissent être conservés au terme du projet de Brendan O’Dowd. (Photo: Gabriel Provost)

La locataire de la maison située au 91 chemin de la Rabastalière doute que le propriétaire, Brendan O’Dowd, agisse de bonne foi avec son projet de construction de 19 unités de logement abordable.

Beatriz Luna habite au 91 chemin de la Rabastalière. Depuis plusieurs semaines, la maison dans laquelle elle réside fait parler dans les médias de la municipalité de Saint-Bruno-de-Montarville, mais également au-delà. 

Sur différentes tribunes, Brendan O’Dowd, qui est à la tête d’un projet qui mènerait à la construction de 19 logements locatifs abordables sur les terrains des maisons situées au 91 et au 93 de la Rabastalière, estime que ses droits ont été bafoués. Il dit avoir respecté toutes les consignes nécessaires pour toutes les phases menant de la démolition en passant par l’éviction des locataires et en terminant avec la construction du bloc de logements. 

Cependant, la locataire désapprouve les méthodes employées par Brendan O’Dowd. Beatriz Luna et son conjoint Antoine Morin avancent que plusieurs situations semblent problématiques dans le traitement que fait le promoteur de la situation. 

L’avis d’éviction serait le premier problème. Il a été envoyé en décembre 2020, soit six mois avant la démolition. Ce délai respecte la loi. Or, l’avis n’est pas légal selon Mme Luna et M. Morin étant donné que le règlement municipal sur la démolition d’immeubles indique que « le locateur à qui une autorisation a été accordée peut évincer pour démolir un logement. » 

Le comité de démolition de Saint-Bruno ayant refusé d’accorder un permis pour démolir les maisons aux deux adresses, l’avis est illégal. M. Morin ajoute que l’avis n’est « ni signé, ni daté et ne fait aucunement mention de son expéditeur. » 

Questionné à ce sujet, le Tribunal Administratif du Logement (TAL) indique que « comme le projet initialement prévu n’aura pas lieu pour le moment, le locataire peut choisir d’ignorer l’avis d’éviction puisque le motif de l’éviction ne se produira pas jusqu’à nouvel ordre. » 

« Nous en avons parlé au voisinage et la nouvelle de la démolition  pour remplacer par un tel immeuble est mal accueillie. »

-Beatriz Luna

La locataire souligne également que le bâtiment qui est envisagé pour remplacer les maisons ne s’agence pas au style architectural de ceux qui sont autour. « La très grande majorité des bâtiments situés dans ce secteur du Chemin de la Rabastalière sont des résidences d’un ou deux étages et le bloc ferait quatre étages avec un sous-sol de deux mètres de haut, soit l’équivalent de cinq étages », dit-elle. « Nous en avons parlé au voisinage et la nouvelle de la démolition  pour remplacer par un tel immeuble est mal accueillie. » Le couple a d’ailleurs lancé une pétition contre le projet, qui a recueilli environ 200 signatures, provenant selon eux majoritairement de citoyens du quartier. 

Valeur patrimoniale?

Mme Luna estime que la valeur patrimoniale de la résidence est représentative et que de la détruire serait une perte pour le patrimoine montarvillois, notamment pour l’aspect de la maison qui rappelle l’histoire plutôt villageoise de Saint-Bruno.

Or, l’entreprise Patri-Arch, qui a effectué une expertise patrimoniale pour la résidence, indique que « si jamais la démolition est inévitable, cela ne constituerait tout de même pas une perte patrimoniale majeure pour la ville de Saint-Bruno-de-Montarville qui possède des bâtiments de beaucoup plus grande importance sur le plan historique et architectural. » La firme recommande  de « s’assurer de la qualité du projet de remplacement et veiller à conserver le maximum d’arbres matures sur la propriété. »

Des arbres coupés

C’est d’ailleurs l’autre principal souci pour la locataire:l’impact qu’aurait la destruction des arbres situés sur les terrains des deux résidences. Parmi eux se trouvent différentes espèces, dont des arbres matures qui ont environ 75 ans, soit l’âge de la résidence du 91 Rabastalière. « Les arbres et la verdure seront remplacés par un stationnement à l’arrière du bloc et le promoteur a proposé de réutiliser le bois coupé pour faire des tablettes », dit Mme Luna.

Cette dernière et M. Morin estiment que cette approche, qui ferait en sorte de ne garder que six arbres sur la trentaine se trouvant sur le terrain, « est insultante quand on pense que certains arbres ont l’âge vénérable de 75 ans! Et on propose de peut-être les remplacer par de nouveaux arbres ou possiblement un mur de végétaux. » Tous deux craignent que ces promesses ne soient faites par M. O’Dowd que pour légitimer son projet auprès de la population. 

Pour le moment, le projet de construction entrepris par Brendan O’Dowd est sur la glace étant donné que le comité de démolition de la ville ne veut pas accorder de permis au promoteur. Ce dernier songe désormais à entreprendre des recours judiciaires pour régler le problème. 

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