YUKA tente de remplacer une loi canadienne qui tarde à entrer en vigueur

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Par Frédéric Khalkhal
YUKA tente de remplacer une loi canadienne qui tarde à entrer en vigueur
François Martin , Julie Chapon et Benoit martin cofondateurs de l’application Yuka. (Photo : courtoisie)

Julie Chapon, François et Benoit Martin sont les cofondateurs de l’application Yuka. Tous les trois viennent de lancer leur produit au Canada. Un outil qui permet de noter les bons ou les mauvais aliments mis dans votre panier.

Faire son épicerie est devenue l’activité principale de bien des personnes pendant la pandémie. Plusieurs se sont mis à la cuisine, d’autre à pétrir leur propre pain ou encore à cultiver des légumes dans leur cour. À l’inverse, la malbouffe a aussi gagné du terrain. Selon un sondage réalisé par Léger, commandé par la l’Association pour la santé du Québec (ASPQ) le 31 mars, on indique qu’à peine deux semaines après le début de la pandémie, 25 % des Québécois (sur un échantillon de 1001 personnes sondées sur le Web du 27 au 29 mars) rapportaient une diminution de la qualité globale de leur alimentation.

Bref, la COVID-19 nous a poussé dans les deux extrêmes, soit prendre plus soin de notre alimentation et adopter une vie plus saine, soit à perdre nos bonnes habitudes. C’est dans ce contexte que l’application française Yuka voit le jour au Canada.

Yuka
Utilisée par 18 millions d’Européens, Yuka est une application mobile gratuite qui permet de scanner le code-barres des produits alimentaires et cosmétiques afin de savoir s’ils sont bons ou mauvais pour la santé.

« Nous avons choisi de nous développer au Canada, car nous avons reçu des centaines de demandes de Canadiens (en particulier de québécois) qui avaient entendu parler de l’application, mais qui ne pouvaient pas la télécharger. Nous avons donc choisi de répondre à ces demandes », a indiqué au journal Mme Chapon.
Lorsqu’un produit a un impact négatif sur la santé, Yuka recommande « en toute indépendance », indique l’entreprise, des alternatives plus saines de produits similaires.

« Le projet Yuka est financé via trois sources de revenus : une version payante de l’application, qui sera bientôt disponible au Canada; le Programme Nutrition (un programme en ligne permettant d’acquérir les bases d’une alimentation saine en 10 semaines; un calendrier des fruits et légumes de saison, uniquement proposé en France pour le moment. Ce financement permet aujourd’hui de faire vivre une équipe de 11 personnes », de préciser la cofondatrice.

Actuellement l’application a été téléchargée par 18 millions d’Européens en France, Belgique, Suisse, Luxembourg et Espagne, Irlande, mais encore au Royaume-Uni, aux États-Unis et maintenant au Canada.

À l’aide de son téléphone intelligent, une fois l’application installée, il suffit de scanner le produit pour voir quasi instantanément sa note sur 100.

Mme Chapon nous indique que cette note se base sur la qualité nutritionnelle du produit qui représente 60 %. L’application regarde ainsi les calories, sucre, sel, graisses saturées, protéines, fibres, fruits et légumes.

La présence d’additifs représente 30 % de la note et chacun d’entre eux se voit affecter un niveau de risque : sans risque (pastille verte), risque limité (pastille jaune), risque modéré (pastille orange), risque élevé (pastille rouge).
La dimension biologique représente 10 % de la note.

« On vient combler un vide avec notre application en attendant que l’étiquetage soit simplifié. » – Sonia Lachance

Tous les produits alimentaires et cosmétiques présents sur les étals ne sont pas répertoriés dans l’application, mais chaque utilisateur peut bonifier cette liste en enregistrant le produit manquant. « Les utilisateurs peuvent renseigner directement à travers l’application les produits non reconnus par Yuka, en ajoutant les photos des produits et leur composition. De nombreux systèmes de contrôle ont été mis en place afin de s’assurer de l’exactitude des informations. »

Un effet concret semble s’être produit auprès des marques qui souhaitent bien paraître dans ces applications. « Elles suppriment les additifs les plus controversés, réduisent le taux de sel ou encore le taux de sucre.Elles ont ensuite un système pour vérifier de façon autonome la note du produit avec sa nouvelle composition. »

L’an dernier, l’entreprise a fait une étude pour connaître l’impact de son produit en France. « 92 % des utilisateurs reposent les produits lorsqu’ils sont notés rouges dans l’application; 83 % des utilisateurs achètent moins, mais de meilleure qualité; 84 % des utilisateurs achètent davantage de produits bruts et 78 % davantage de produits biologiques. »

Yuka n’est pas la seule à proposer une solution aux consommateurs pour y voir plus clair dans leur alimentation. Zoom nutrition, Fooducate, Foodvisor sont autant de plateformes qui viennent combler un vide que promet de combler depuis plusieurs années Ottawa, mais qui tarde.

Pas de logo sur les produits au Canada
Lors d’une visite à Saint-Bruno en 2018, la ministre fédérale de la Santé Ginette Petitpas Taylor avait indiqué que la loi, imposant aux fabricants de mettre des logos avant 2022 sur les emballages des aliments, afin de mieux informer le consommateur, était repoussée. La ministre de l’époque avait indiqué que « Sur la question de l’étiquetage, il y a beaucoup d’intérêts et tous les changements se feront en collaboration avec l’industrie. »

Combler un vide
La stratégie marketing des entreprises devrait donc prendre le bord d’ici 2022, date limite fixée par Santé Canada pour forcer les fabricants à se conformer à la nouvelle règle d’étiquetage. Une mesure qui pourrait encourager certains à revoir leurs recettes pour ne pas avoir mauvaise presse.

« On vient combler un vide avec notre application en attendant que l’étiquetage soit simplifié », estime Sonia Lachance.

« Je ne suis pas contre ce type d’initiatives, mais elles ne sont pas forcément validées par des nutritionnistes. La meilleure solution serait de rendre obligatoire l’étiquetage simplifié auprès des fabricants. Malheureusement, ce projet n’a pas encore été adopté pour 2022. Il y a beaucoup de pression de l’industrie », indique Corinne Voyer, directrice chez Coalition québécoise sur la problématique du poids.

Il est d’ailleurs possible de lire sur le site du gouvernement qu’il y aura une prolongation de la phase de transition jusqu’au 14 décembre 2022. Une autre indication qui montre qu’il n’est pas si simple de simplifier la vie des consommateurs.

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