Yves Lessard : un maire qui veut oser

Yves Lessard : un maire qui veut oser

Yves Lessard prend les rênes de la Ville de Saint-Basile après avoir quitté l’hôtel de ville en 2004. (Photo : Frank Jr Rodi)

Le 5 novembre à l’hôtel de ville de Saint-Basile-le-Grand, Yves Lessard, un visage bien connu des Grandbasillois, était élu maire de la municipalité. Après un règne omnipotent de près de 30 ans à la tête de la Ville, Bernard Gagnon laissait la place à celui qui a été son conseiller municipal entre 2001 et 2004. M. Lessard a accepté de rencontrer le Journal de Saint-Basile pour présenter toutes les ambitions qu’il avait pour sa ville.

Originaire d’Abitibi et résidant de Saint-Basile-le-Grand depuis 44 ans, l’ancien syndicaliste de la CSN (1969-1998), conseiller municipal de la ville (2001-2004), député fédéral pour le Bloc québécois (2004-2011), nous a donné rendez-vous au Bec Sucré, une pâtisserie-café à proximité de l’hôtel de ville.

Difficile de résumer le parcours politique et syndical très dense du nouveau maire. Dans les années 60, il participe activement à la syndicalisation du milieu hospitalier dans le Grand Nord. En 1969, en intégrant la CSN, il doit croiser le fer avec René Lévesque, Jacques Parizeau, Lucien Bouchard. « Le syndicalisme m’a bien préparé à la vie politique », mentionne-t-il.

En 2001, alors qu’il avait largement été impliqué dans le comité de surveillance mis en place pour s’assurer de la dépollution du site qui avait vu à Saint-Basile, en 1988, un entrepôt de BPC exploser, il est élu aux côtés de Bernard Gagnon conseiller municipal. Sa carrière politique s’achève en 2011, alors qu’il est battu par Matthew Dubé (NPD) au poste de député fédéral. « J’aurais fait un autre mandat », avoue l’ancien député.

En 2009, il achète une ferme à Saint-Théodore-d’Acton, il va s’y réfugier en 2011 après sa défaite : « Je me suis alors retiré dans le bois à la fin des élections pour y passer deux hivers et tout bûcher. »

Depuis cinq ans, avec sa conjointe, il produit sur ses terres de la moutarde, du blé, du soya ou encore du sarrasin, qu’il vend à la coopérative agricole d’Acton. « Dans ma tête, Bernard Gagnon serait de nouveau candidat à Saint-Basile pour ces élections, et je voulais me présenter simplement comme conseiller. » La construction de logements sociaux et pour les personnes âgées à Saint-Basile était d’ailleurs une des raisons de se présenter à nouveau. On connaît la suite.

Avec l’ensemble des indépendants désormais élus, M. Lessard est un peu à la tête d’un nouveau parti sans nom. « Tous les indépendants que j’ai rencontrés avant de porter ma candidature comme maire m’ont encouragé à me présenter. La loi nous empêchait de nous enregistrer comme un parti, mais nous partageons les mêmes convictions. »

« J’ai le choix de gérer de manière pépère la ville, comme mon âge (rire), mais ça ne sera pas le cas. » – Yves Lessard

Les priorités

La première des choses, « adopter notre budget en un mois et demi. Quatre nouveaux conseillers n’en ont jamais fait. » Ensuite, il compte reprendre le travail là où il l’avait laissé : « Je souhaite réunir tous les commerçants afin de revitaliser l’artère du cœur villageois. Ce sont eux qui vont nous orienter dans ce que nous pourrons leur proposer. »

Alors que beaucoup de citoyens réclament depuis longtemps un parc à chiens, il s’engage à en construire un dès 2018 : « L’endroit est à déterminer, mais c’est un besoin de la population. »

Il souhaite que Saint-Basile soit plus attractif auprès des familles en baissant les tarifs de camps de jour, en favorisant les manifestations festives, en remerciant chaque année les bénévoles : « La fête des Bénévoles va revenir chaque année. C’est la moindre des choses avec tous les services qu’ils rendent. »

Mais il ne faut pas s’attendre à de grands projets dès la première année de mandat de M. Lessard : « Les budgets sont serrés. On a à réaliser un exploit pour atteindre l’équilibre. »

Il sera aussi difficile de combler la dette de la Ville qui devra investir massivement dans ses infrastructures. « Cinquante pour cent des 64 km de notre réseau d’aqueduc sont à faire. L’urgence de nos actions touche 33 % de ce qu’il y a à refaire. Nous en avons pour 10 ans de travaux. »

Projections

Mais ce qui illumine le regard du politicien de 74 ans, c’est sa volonté, qui ne date pas d’hier, de faire de cette proximité qu’a la ville avec la rivière Richelieu une vitrine pour la municipalité : « La route 223 pourrait être champêtre entre Chambly et Beloeil, le long du Richelieu. Il faut donner au site une vocation récréotouristique. Cela serait favorisé par des trains de banlieue qui circulent les fins de semaine. Nous avons déjà commencé à tâter le terrain. Nous sommes entre le parc national du Mont-Saint-Bruno et la rivière Richelieu, deux joyaux de la nature. »

Le premier magistrat s’oblige à mieux protéger la nature autour de Saint-Basile. « Il ne faut plus hypothéquer la vie. Nous avons aujourd’hui une obligation de résultat. Il faut trouver des revenus autrement. »

Faire briller l’environnement de Saint-Basile est vu par M. Lessard comme une option pour que la municipalité soit plus attractive et perçoive ainsi plus de revenus. Il faut dire que la Ville ne peut pas compter sur un grand parc industriel. De ce fait, le maire souhaite développer un secteur manufacturier léger avec la ville voisine de McMasterville.

« J’ai le choix de gérer de manière pépère la ville, comme mon âge (rire), mais ça ne sera pas le cas. »

Le logement social

« Il faut en faire plus. Nous irons chercher des subventions au provincial, au fédéral. Il faut en faire plus. »

M. Lessard veut oser pour dynamiser Saint-Basile et n’hésite pas à dire qu’il n’était pas en accord avec la gestion de l’ancienne administration : « C’est confortable de gérer sans vague, mais si on veut qu’une société progresse, il faut oser sur le plan des idées, au risque de se faire dire qu’on est un hurluberlu. Il faut être le moteur. Il faut sortir de la zone de confort qu’on a connue jusqu’à maintenant. Pour Saint-Basile, il faut innover. »

Avec beaucoup de conviction, il s’affiche comme un « maire à temps plein » pour sa ville et souhaite instaurer une politique intergénérationnelle, à l’image de son conseil : « Quatre générations sont représentées au conseil municipal. Ce n’est pas indispensable, mais ça donne une valeur ajoutée aux décisions qui seront prises. »

Tout au long de l’entretien avec le journal, que cela soit pour parler de son passé ou pour les projets qu’il avait pour sa Ville, M. Lessard n’a jamais mis de côté son âge.

« À la question à quel âge devient-on vieux, un homme m’a révélé qu’il avait réalisé qu’il était âgé lorsque quelqu’un le lui a dit. En respectant trois éléments : avoir quelqu’un à aimer, quelque chose à faire et des projets, nous ne devenons jamais vieux », conclut-il, le sourire aux lèvres et l’œil toujours aussi vif.