Toujours contre l’agglomération de Longueuil

Toujours contre l’agglomération de Longueuil

Saint-Bruno-de-Montarville, Brossard et Saint-Lambert dénoncent depuis 2014 la gouvernance de l’agglomération de Longueuil. (Photo : archives)

Depuis plus de trois ans, trois maires, dont celui de Saint-Bruno-de-Montarville, utilisent tous les moyens dont ils disposent pour changer la structure de l’agglomération de Longueuil qu’ils jugent injuste pour les villes liées. Hier à la séance du conseil d’agglomération il en a été de même.

Les séances du conseil de l’agglomération de Longueuil se succèdent, mais ne changent pas depuis décembre 2014, date à laquelle les maires de Saint-Bruno-de-Montarville, Brossard et Saint-Lambert se sont fait un devoir de tout mettre en œuvre afin de changer le mode de gouvernance de l’agglomération. Les trois municipalités trouvent en effet difficile de distinguer ce qui fait partie de l’administration de Longueuil de ce qui est réservé à l’administration de l’agglomération.

Martin Murray, maire de Saint-Bruno, a répété lors de la séance toutes les raisons qui le poussaient, lui et les deux autres magistrats, à refuser la gouvernance actuelle. « Du jour au lendemain, après les défusions, les Montarvillois ont vu leurs avis d’imposition bondir de 50 %, alors que ceux des commerçants et des entreprises étaient en hausse de 70 % et plus, et ce, sans ajout de services. Quelqu’un quelque part à Québec a décidé que les compétences seraient divisées en deux parties, les compétences de l’agglomération de Longueuil qui ont préséance sur les compétences locales », a avancé Martin Murray.

Ce dernier n’a cependant pas contredit Jean Martel, maire de Boucherville, ni même Caroline St-Hilaire, mairesse de Longueuil, quand ces derniers ont souligné que dans un courrier adressé par Martin Coiteux, ministre des Affaires municipales du Québec, à l’ensemble des maires des villes liées, le ministre a confirmé encore une fois qu’il ne reviendrait pas sur sa décision. « Le ministre nous a indiqué qu’il n’y a rien qui va bouger », a précisé le maire de Boucherville. Au contraire, Martin Murray a affirmé, lors du conseil municipal de Saint-Bruno, qui se déroulait quatre jours avant, qu’il avait reçu « un courrier qui émane du ministre, à la suite de la lettre du 13 décembre dernier, et il regarde de manière très attentive le dossier et donc la porte n’est pas fermée comme certaines personnes l’ont laissé entendre ».

Dans un communiqué envoyé par Brossard, endossé par Saint-Bruno-de-Montarville, on pouvait même lire que  » les maires de Brossard, de Saint-Bruno-de-Montarville et de Saint-Lambert sont contraints de constater l’absence de volonté pour réformer en profondeur la gouvernance et le fonctionnement de l’agglomération de Longueuil.  » Les trois maires reconnaissait également qu’ils étaient  » dans un cul-de-sac quant à leur souhait de réformer l’agglomération de Longueuil  » tout en prévoyant  » dans les prochaines semaines, un plan d’action en vue de quitter l’agglomération de Longueuil.  »

« Le gouvernement a dit qu’il ne toucherait pas à la structure; maintenant si les maires veulent y toucher, qu’ils aillent négocier avec le gouvernement du Québec. » – Caroline St-Hilaire

Boucherville, la ville à convaincre

Plusieurs citoyens de Saint-Bruno, dont plusieurs sympathisants du Parti montarvillois, parti du maire, sont venus soutenir M. Murray en posant de nombreuses questions à Jean Martel, maire de Boucherville, pour savoir pourquoi ce dernier ne se joignait pas aux trois maires dissidents qui contestent la gouvernance de l’agglomération de Longueuil. Ce dernier a rétorqué qu’il agissait au profit de ses citoyens afin qu’ils puissent avoir « les meilleurs services aux meilleurs coûts. Cela fait 4 années à Boucherville qu’on gèle les taxes de nos résidants. Depuis 2006, nous avons eu environ une hausse de taxe de 0,9 % auprès de l’agglomération, une hausse équivalente à l’inflation. Lorsque les trois maires ont contesté, moi, je savais que le recours avait très peu de chance d’être accordé, alors je n’ai pas mis d’argent de Boucherville dans la contestation. »

Les décisions du conseil d’agglomération de Longueuil sont prises au 2/3 des voix des 10 membres qui le composent. Avec l’alliance du maire de Boucherville à la contestation de Saint-Bruno-de-Montarville, Brossard et Saint-Lambert, les quatre municipalités auraient une force de blocage qui paralyserait le fonctionnement de l’agglomération. Une situation que souhaitent les villes dissidentes pour pouvoir réformer cette institution qu’ils jugent inappropriée dans son système de gouvernance, de transparence et d’iniquité fiscale.

Décision du gouvernement

La structure et le mode de gouvernance de l’agglomération de Longueuil sont gérés par une loi provinciale. Ainsi, seul le gouvernement pourrait avoir une oreille attentive aux trois maires dissidents.

Cependant, à plusieurs reprises déjà, Québec a clairement notifié aux trois maires qu’il ne comptait pas modifier le mode de fonctionnement actuel de l’agglomération.

« Le gouvernement a dit qu’il ne toucherait pas à la structure; maintenant si les maires veulent y toucher, qu’ils aillent négocier avec le gouvernement du Québec. Moi, je suis mandatée pour travailler avec la manière de l’agglomération », a indiqué Caroline St-Hilaire, mairesse de Longueuil.

Rappelons qu’actuellement le financement de l’agglomération de Longueuil est favorable à la Ville de Longueuil, qui avec une population représentant 58 % de l’agglomération, ne paie que 47 % de son budget global. Le calcul des quotes-parts de chacune des villes est en effet fait en fonction de la richesse foncière qui représente 53 % de l’ensemble des villes liées.

Un débat qui risque de durer

Cela fait déjà plus de trois ans que ce débat déchire les villes liées à Longueuil et il n’est pas difficile de croire qu’il perdurera au moins jusqu’aux prochaines élections municipales en novembre. Lors du dernier conseil municipal de Saint-Bruno-de-Montarville, M. Murray affirmait qu’« il y a avait des sous qui ont été investis. Il y en a d’autres qu’on va investir. On va revenir à la charge au cours des prochains mois avec des éléments additionnels. La stratégie va aller en crescendo. »